La Danse et le Sacré. (part.2/2)


« Maintenant je suis léger, maintenant je vole, maintenant je me vois au-dessous de moi, maintenant un dieu danse en moi.»

[Ainsi parlait Zarathoustra]

Dès ses origines l’homme à été à la merci des phénomènes naturels tels que la pluie, le vent, la neige, le soleil et l’influence des périodes froides et chaudes sur les végétaux, …Il a toujours redouté ces puissances et les à qualifié de surnaturels et de magique. La danse était pour lui un moyen d’attirer l’attention des dieux et une tentative d’apaiser ou de charmer les éléments.
L’une des plus anciennes représentations de danseur que l’on connaisse est celle d’un danseur qui tournoie sur lui-même (certainement pour les effets psychosomatiques que cela procure : perte du sens de la localisation de l’espace, vertige, une sorte de dépossession de soi-même).

Depuis quelques 8000 ans qu’elle existe, la danse a toujours et partout eu une origine sociale et religieuse. Pendant la préhistoire, elle a même occupé une large part de la vie de l’homme. Le processus d’adoption de la danse comme moyen d’expression a toujours été le même, à toutes les époques. Ainsi les danses retrouvées chez certains peuples d’Afrique, d’Amérique du Nord et du Sud présentent les mêmes caractéristiques que celles exécutées plusieurs siècles plus tôt par l’homme préhistorique, européen ou asiatique.
A l’origine, la religion, les rituels et les croyances ont constitué une part importante de la vie de l’homme qui exprimait, au moyen de la danse et le plus précisément possible les événements tels qu’il souhaitait les voir se dérouler.

 

L’avènement des premières civilisations à structuré encore plus ces rituels en les codifiant. Dans les tombes égyptiennes  on retrouve des scènes dansées en l’honneur d’Hathor, déesse de la danse et du royaume des morts. Comme cette scène représentant une sorte de ballet où les exécutants doivent, en tournant, capter avec des miroirs l’image de la main d’Hathor.
Chez les grecs, l’idéal se résume à un mot; eurythmie, qui tente de créer une harmonie dans l’âme grâce à la perfection du rythme corporel.
Pour les Grecs, la danse était d’essence religieuse, don des Immortels et moyen de communication avec eux. Les dieux eux-mêmes auraient enseigné la pratique de la danse (cfr. tradition hindoue) : Rhéa la révèle aux corybantes, Athéna enseigne la pyrrhique … Pour Socrate, qui pratique lui-même la memphis, la danse forme le citoyen : « Ceux qui honorent le plus bellement les dieux par la danse sont aussi les meilleurs au combat » (Platon, Lois, VII, 796). La danse est un exercice qui « donne au corps de justes proportions ». C’est la source de la bonne santé; les pythagoriciens soutiennent qu’elle « chasse les mauvais humeurs de la tête » (Polydore, Pythagore, 32) …

Avant que la danse ne s’épanouisse en un rite religieux délibéré, elle est une libération rythmique d’énergie, un acte d’extase, mais aussi, le moyen naturel pour l’homme de se mettre au diapason des puissances du Cosmos.

« La danse est l’une des formes les plus parfaites de communication avec l’intelligence infinie. » [Paulo Coelho]

Le symbolisme du corps humain.

Toute époque qui a compris le corps humain ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment du mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’énergie et de sensibilité qu’il contient, a cultivé, vénéré la danse. La danse est une chose sérieuse.

Parmi les nombreuses interprétations symboliques du corps humain, l’axe vertical est la voie par où monte et descend la puissance transcendante, l’axe horizontal représente les forces créées à travers lesquelles elle se manifeste. C’est la croix statique, point d’interaction du microcosme et du macrocosme. L’anatomie humaine, avec sa sextuple orientation dans l’espace, possède en son centre, un septième point situé à l’intersection des deux axes : c’est la «caverne du coeur». La subdivision de cette croix statique produit la croix dynamique, ou roue du mouvement, qui symbolise le pouvoir que possède l’homme de s’orienter et de se mouvoir dans l’espace, le mouvement cyclique étant rendu possible par l’interaction des contraires. Les danses en Afrique, composantes majeures de la culture africaine, reposent sur le cercle, symbole de vie à la fois spirituelle et temporelle.
L’arc de cercle ou le cercle est la disposition spontanée que prennent les danseurs sur la place du village ou les spectateurs autour du ou des danseurs. Le cercle est la plus ancienne figuration de la danse en groupe.
Dans les danses en cercle, il y a toujours abstraction de l’identité personnelle au profit de celle du groupe. Pour les Africains, les danses en cercle sont un moyen d’élever les vibrations afin de se mettre au rythme de la nature.

Le lien avec la nature et les esprits.

La danse a, depuis toujours, été un élément rattaché aux religions, aux rituels, bref aux croyances des peuples. On retrouve dans l’histoire de cet art de nombreuses références. On implorait par la danse un esprit ou plusieurs esprits afin qu’ils veuillent bien accorder au peuple ce qu’il demandait. Dans les tribus primitives le prêtre, ou sorcier, ou chaman, était le seul membre de la tribu autorisé à invoquer l’esprit. Avec le temps, ce dernier a accepté de partager son pouvoir avec d’autres membres de la tribu. En réalité on peut dire que la religion du primitif était inséparable de sa vie quotidienne. Ce n’était pas un exercice pieux réalisé à l’occasion. Ses croyances et ses rituels étaient intimement liés à ses actions de tous les jours. De ces actions, la danse tenait une large part.

Une des croyances, qui existait déjà à la période néolithique, consistait, à l’intérieur d’une cérémonie, à envoûter l’esprit d’un animal ou d’un gibier dont on convoitait la capture. Les danses étaient alors ni plus ni moins que des mimes rythmés ou des danses concrètes qui illustraient le plus exactement possible les situations telles que l’on voulait qu’elles se produisent. En certaines occasions on souhaitait la mort de l’animal afin de pouvoir nourrir la tribu, alors que dans certains autres cas la danse visait à envoûter l’animal afin de le prendre vivant. Dans les deux cas le chasseur était masqué afin de mieux approcher le gibier.

Lors des danses de chasse, le chaman ou la tribu mimait, avec des rythmes, des cris, des bruits et des sons, dans les moindres détails les actions de la chasse, afin d’envoûter l’esprit de la bête désirée, pour la faire tomber sous les coups du chasseur ou dans les pièges qu’il lui avait tendus. Une autre cérémonie religieuse pratiqué une fois par an lors du solstice d’été et pouvant durer de quatre à huit jours s’appelait, la danse du soleil. C’est une des céremonies de plus spéctaculaires parmis les amérindiens des plaines. Elle voulait démontrer qu’il existait une continuité entre la vie et la mort, que la mort n’ était pas une fin en soit mais faisait partie d’un cycle.

«Le masque est le support de la puissance, la médiation entre l’être supérieur, les ancêtres et les humains»

[Ambroise DJIDJI]

La signification de la danse des masques est dans son principe la reconstitution du passage d’un monde vers un autre, d’un état à un autre. les occasions principales pour porter un masque et pratiquer la danse relative sont : l’initiation et la mort. A ces occasions, porter un masque est nécessaire pour pouvoir pénétrer dans l’autre monde ou l’on trouve une autre réalité. Pour cela on conjugue le mystère et l’incognito du masque avec des gestes codifiés qui forment une danse initiatique. Le corps, ses mouvements et ses sens, apparaissent comme des instruments de production et de représentations publiques du Savoir »


Avec les siècles et les civilisations ces différentes croyances se sont perpétuées. Certaines furent transformées, certaines autres se rajoutèrent.

Les danses guerrières.

Si l’homme de la période néolithique a exécuté des danses de rituel de chasse afin de pouvoir tuer ou capturer l’animal qu’il convoitait, on peut facilement supposer qu’il a pu exécuter des danses de rituel de guerre pour souhaiter la mort de l’ennemi, dont il convoitait les terres et les richesses, ou bien pour se défendre contre l’ennemi qui désirait s’approprier des siennes.

On retrouve chez les tribus amérindiennes des danses de guerre qui sont accompagnées du battement effréné du tambour et des cris des participants. Ces danses servaient généralement de préparation en vue de l’attaque de l’ennemi. On y atteignait un certain point d’excitation qui favorisait le développement du courage et de la force du guerrier. Durant le temps d’absence des guerriers, les femmes, les enfants et les hommes âgés de la tribu, exécutaient d’autres formes de danse afin d’assurer le retour en vie des guerriers. Au retour, on y exécutait des danses funèbres, en l’honneur des guerriers morts à la bataille et d’autres danses afin de célébrer la victoire.

Une danse guerrière appelée « Ngua » chez les Bangandu du village de Yayama (Tshuapa).

Toutefois c’est en Grèce antique que l’on retrouve officiellement les premières danses guerrières. Parmi celles-ci on retrouve la Gymnopédie, la Laconienne, la Hormos, la Mycène et la plus célèbre, la Pyrrhique. Ces danses guerrières avaient pour but d’exalter les vertus guerrières des soldats. La Gymnopédie était dansée par deux groupes d’adolescents et d’enfants, nus, qui chantaient en dansant. C’était une danse de procession. Les meneurs de la danse étaient appelés « Tyrrhéatics » en mémoire de la victoire de Tyrrhé et ils portaient une couronne de lauriers. La Laconienne était composée de trois chœurs, représentant le passé, le présent et le futur, et était exécutée pour donner aux soldats, la force et l’agilité nécessaires pour utiliser leurs armes: lance, bouclier. Elle était accompagnée de chants.

Les danses de guerre ne semblent pas avoir été utilisées par les Romains. Toutefois, au Moyen Age, on retrouve en Europe une danse des épées que certains historiens associent à une danse de guerre.

On retrouve une danse des épées dans les danses traditionnelles de presque tous les pays d’Europe et de plusieurs pays d’Amérique. Ainsi, on retrouve cette danse en Belgique, en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Russie, en Allemagne, en Suède, en Écosse, en Bretagne, en Espagne, en France, dans les Pays Basques, en Grande-Bretagne et au Mexique. Dans le cas du Mexique la chose est facilement compréhensible, car on sait qu’il fut colonisé par les Espagnols. On la retrouve en plus en Macédoine, en Italie, aussi bien en Sicile qu’au Piémont, et en Hongrie.

Danse extatique et danse de possession.

Cette cérémonie religieuse dansée attribue son origine au sage et poète mystique Mevlana Jalaleddin Rumi (1207-1273).

Tout en tourbillonnant, les Derviches Tourneurs ont les bras ouverts, la main droite dirigée vers les cieux, implorant la bénédiction de Dieu, regardant la main gauche tournée vers la terre. Ils tournent de droite à gauche autour du cœur. Ils transmettent le cadeau spirituel de Dieu au peuple. En tournant, ils embrassent avec amour toute l’humanité, toute la création … Au centre se tient le cheikh représentant le soleil alors que les derviches sont les planètes tournoyant autour de ce soleil.

Dans les sociétés traditionnelles, la maladie est considérée comme un signe surnaturel. Un dieu, un esprit, un ancêtre cherche à dire quelque chose et choisit le canal d’un individu pour le faire. Il s’agit donc d’un message à décoder.
Pour connaître l’identité du responsable du mal, la musique est partout un puissant outil de diagnostic. Par exemple, en Italie du Sud, des musiciens spécialistes de la tradition, souvent aveugles comme ceux qui détiennent un savoir surnaturel, connaissent non seulement les différentes tarentelles, mais aussi les araignées respectives auxquelles celles-ci sont attribuées : mutine, enfantine, érotique etc. Lorsque la malade entend la mélodie de son araignée, tout se passe comme si elle reconnaissait celle qui l’habite à son insu puisqu’elle bondit alors sur ses pieds et danse, parfois trois jours et trois nuits consécutivement, sans relâche, jusqu’à la guérison.
En Afrique, le principe est le même, bien que l’exorcisme soit plus long à obtenir. Ce sont des tambourinaires et non des violonistes qui jouent au malade les rythmes des différents dieux. Le fait que l’un de ces rythmes entre, là aussi, en résonance avec le corps, ne suffit pas à la guérison. Il y faudra encore un long processus : l’initiation.

Celle-ci consiste à réorienter l’agent responsable en une figure positive et bénéfique (à condition de continuer à l’honorer régulièrement). Cette cure comporte, comme dans toute thérapie, une phase de régression, une opération de sacrifice, puis une re-symbolisation qui permet aux énergies psychiques du malade de s’articuler à de nouvelles représentations (par exemple le dieu de la guerre ou la déesse de l’amour).

La danse de possession publique qui marque la fin de la réclusion initiatique est une démonstration de cet ancrage, dans le corps du sujet, de la nouvelle représentation qui, dorénavant, le gouverne. Il peut y exprimer ouvertement ce qui l’habitait à son insu et que la figure du dieu endosse. Il se réconcilie alors avec ces forces qui le traversaient sans trouver d’autre expression que la maladie et à quoi il peut maintenant donner un langage reconnu, autorisé, valorisant avec, en plus, l’avantage de la jouissance de la transe.

Le corps est une mémoire dans la mesure où il porte la trace de notre héritage génétique et de nos expériences, même les plus archaïques. Ces empreintes forment en chacun de nous une trame du passé, mêlant des structures, des sensations, des émotions, des schèmes de comportements ou des figures archétypiques, tout ceci recueilli de façon spécifique par chacun, en fonction des circonstances et de son vécu individuel. A cet héritage silencieux, la musique et la danse vont donner une voix en créant un lien privilégié entre le monde interne du sujet et le monde externe. Elles éveillent et font résonner en écho cet univers qui palpite en nous sans trouver de langage. Et voilà que cette mélodie interne immobile et silencieuse se reconnaît dans la musique (violon, tambour ou autre instrument) qui donne forme à l’informe et entraîne la motricité correspondante. L’ensemble de traces jusqu’alors inorganisé, devenu musique corporelle perceptible, se traduit en mouvements rythmiques. D’abord simple pré-danse, faite de balancements du corps, oscillations répétitives de la tête ou du tronc, frappements de mains, etc. le mouvement s’accentue, s’organise et devient une vraie danse.

Ce n’est que très progressivement, sous l’influence des cultes officiels, que la danse, d’abord expression spontanée du mouvement, se transformera en un système fixe de pas et d’attitudes. Et, pourtant, sous quelque forme qu’elle se présente, le but de la danse est toujours d’approcher la divinité.

 

Le sujet est si vaste que c’est difficile d’en faire le tour d’une manière sommaire. Je vous invite donc, à consulter ces différents liens, dont le présent article n’est qu’une pâle copie.

http://www.armanioc.fr/le-burkina-faso/la-danse-des-masques/
http://www.adem.ch/transe09/sema.html
http://jacques.prevost.free.fr/cahiers/cahier_13.htm
http://www.hommes-et-faits.com/atelier/fs_transe.htm

http://www.danse-africaine.net/document_texte/memoire_danse_2.php

http://mosalyo.wordpress.com/2010/01/18/la-danse/

http://www.artisanatindien.com/sundance.html

http://www.cvm.qc.ca/mlandry/folklore/themes.htm

http://www.cgagne.org/danse.htm

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