L’épopée Jules Brunet au Japon.


Apparition des Arts Martiaux partie 4

« C’est peut être le moment de parler du capitaine Jules Brunet. » J’ai écris cette phrase il y à quelques mois dans un forum et depuis j’ai eu envie de lui rendre hommage. Je profite donc de cette série d’articles pour le faire. Mais avant toute chose, permettez moi de faire une introduction pour encadrer le contexte historique, Car je crois qu’il est nécessaire pour éviter certaines interprétations et incompréhensions.

La mission au Japon dirigée par Jules Chanoine. J.Brnuet 2nd en partant de la droite au premier rang

«La fascination que le Japon exerce sur la France n’a d’égale que l’admiration que les Japonais éprouvent pour tout ce qui est français, et ce malgré la distance qui sépare les deux pays. Longtemps fermé à l’Occident et totalement replié sur sa culture séculaire, le pays du Soleil levant, des séismes, des tsunamis, des typhons et de la pluie inépuisable qui semble vouloir déverser sur le pays toute l’eau de l’océan Pacifique, à su briser son insularité dix avant l’avènement officiel de l’ère Meiji qui tire son nom de Meiji Tenno, nom posthume donné à l’empereur Mitsuhito (1852-1912). Après l’effondrement de l’ère shogunal, ce souverain inaugura, en 1868 l’ère Meiji («époque éclairée) e proclament dans une charte de cinq articles, sa volonté de réforme et d’occidentalisation de son pays, En réalité, le Japon avait commencé à s’ouvrir dès l’arrivée des Hollendais, Américains des Anglais, des Russes et des Français, Le traité d’amitié et de commerce entre le Japon et la France à été signé le 9 octobre 1858 et à constitué à ne pas en douter, un des temps fort de la politique du Second Empire,»

«A l’aube de l’ère Meiji en ne comptait pas moins de 2299 ingénieurs et conseillers étrangers venu pour moderniser le pays, dont 928 anglais, 374 américains et 259 français. Après la signature du traité de commerce et d’amitié avec le Japon, la France de Napoléon III avait en effet envoyé, à la demande des autorités japonaises, des spécialistes dans des nombreux domaines,» Des géologues et ingénieurs en mines, en chantiers navals, de filature de soie, L’éclairage au gaz fut installé en 1872 et les premiers tramways, qui furent français, roulèrent à peine dix ans après. Avant Meiji, sous le régime des derniers shôguns, trois importantes missions diplomatiques sont envoyées à l’étranger : aux États-Unis en 1860 et en Europe, en 1862 et 1864. Ces missions doivent ratifier ou négocier des traités de commerce mais ont également pour objet, après deux siècles d’isolement, de découvrir et comprendre l’Occident. En 1864, les membres de la seconde mission en Europe conservent un mémorable portrait de leur escale en Égypte: l’étonnante image de deux douzaines de samouraïs posant sous le profil du Sphinx est restée emblématique de ces missions.

Peinture de Jules Brunet publié le: 09/07/2010 – Auteur: Jules Brunet archives armée aucun

L’épreuve* est d’Antonio Beato, le frère de Felice, qui a un atelier au Caire. Cette photographie symbolise bien la place tout à fait singulière du Japon dans le concert des nations dans les années 1860. En demandant à un photographe occidental de les photographier devant un des symboles du Moyen-Orient, tout comme les voyageurs européens, ils affirment leur ouverture au monde, leur volonté de le voir avec les mêmes yeux que les Occidentaux et en jouissant de la technologie occidentale.

A. Beato, ambassadeurs de la mission diplomatique japonaise de 1864 devant le Sphinx, 1864, coll. Miyake Tatsuo

Mais revenant à nos moutons, pardon, à notre présence armé au Japon, La Mission Militaire Française au Japon (1867-1868) fut la première mission militaire occidentale au Japon. Elle avait été constituée à l’initiative de Napoléon III, à la suite d’une requête du shogounat japonais en la personne de son émissaire en Europe, Shibata Takenaka (1823-1877). Shibata avait déjà négocié les derniers détails de la contribution française à la construction de l’arsenal de Yokosuka, et avait en outre demandé en même temps au Royaume-Uni et à la France d’envoyer une mission militaire pour un entraînement aux techniques de guerre occidentales. Il semble que le Royaume-Uni ait refusé d’apporter son aide au Japon, mais le ministre français des Affaires étrangères Drouyn de Lhuys (1865-1881) transmit l’accord du gouvernement français. La mission se composait de 17 membres, sous l’autorité du ministre de la Guerre, le général Jacques Louis Randon ; on y trouvait un large éventail de compétences : quatre officiers (représentant l’infanterie, la cavalerie et l’artillerie), dix sous-officiers et deux soldats. La mission sera dirigée par le capitaine Chanoine, alors attaché à l’état-major de Paris. Il y’en aura trois en tout. Leurs nombre fut influencé par le préambule résultant d’ une première altercation survenue à Akashi (ville à château dans l’actuelle préfecture de Hyôgo, à l’ouest de Kôbe) en 1868; on le nomma l’incident de Sakai.

Incident de Sakai, Le monde illustré 1868

Le premier fait impliquant des victimes occidentales dans la guerre civile japonaise, qu’on nomma la Guerre de Boshin. La violence était des deux côtés. Les Japonais avaient tué 4 Français. En représailles, la France a exigé 20 exécutions et 150.000 dollars d’indemnités. Plusieurs Samouraïs se sont fait hara-kiri, en 1868, devant un ministre de la puissance coloniale française. « Méprisant les traités internationaux en vigueur, des marins français pillent Sakai. La milice locale essaie d’abord de les repousser, puis est contrainte d’ouvrir le feu. L’ambassadeur de France exige l’exécution de tous les tireurs en réparation. Minée par les questions d’honneur et de politique, l’enquête ne permet pas de les identifier. On en tire donc 20 au sort. Les Japonais obtiennent qu’ils ne soient pas exécutés comme des criminels: ils ont le droit de se faire seppuku. L’ambassadeur de France assiste à la cérémonie alourdie par le sentiment d’injustice de la sentence. Le premier samourai s’ouvre le ventre et brandit ses intestins dans un geste de défi. Le second connait une mort lente car son accompagnateur ne parvient pas à lui trancher la tête du premier coup. Chaque suicide est un carnage. Horrifié, l’ambassadeur craque au huitième mort et s’enfuit. » Jules Brunet (1838-1911) Originaire de Belfort, sortie de Polytechnique dans la promotion 1857 comme officier artilleur, capitaine alors qu’il n’avait pas encore atteint sa trentième année, avait été choisi comme membre de la première mission militaire française envoyée au Japon par le général Jacques-Louis Randon (1795-1871), ministre de la Guerre, et conduite par le capitaine Charles Chanoine (1835-1915), Embarqué à Marseille le 19 novembre 1866, à bord de La Péluse, un paquebot des messageries impériales, arrive avec les autres membres de la mission à Yokohama le 13 janvier 1867, Cette mission saluée par la presse et notamment par Le Monde illustré qui ont fit sa couverture pour son numéro 503 de 1866 avec dix officiers et sous-officiers et de deux soldats.

Jules Brunet 1890

Ceux ci parviendrons à encadrer et à former, sept régiments d’infanterie, un bataillon de cavalerie et quatre bataillons d’artillrie, le tout constituant une armée de 10 000 hommes. La guerre de Boshin est une guerre civile japonaise qui débuta en janvier 1868 sous le règne de l’empereur Meiji, quelques mois après la restitution du pouvoir suprême à l’empereur, et qui se poursuivit jusqu’en mai 1869. Elle vit principalement s’affronter, d’une part, les armées des clans de Satsuma, de Chōshū, de Tosa et leurs alliés, proches de l’Empereur et, d’autre part, les troupes appartenant au gouvernement shogunal d’Edo et les clans qui lui restèrent fidèles. Les clans Satsuma de Satsuma, de Chōshū et de Tosa cherchaient à supplanter par la force le parti adverse et à éviter que l’autorité impériale ne fût désormais exercée sous une forme fédérale par l’ensemble des clans. Elle marque une coupure emblématique entre la période Edo et la période Meiji. Environ cent vingt mille hommes furent mobilisés pendant le conflit et trois mille cinq cents d’entre eux furent tués. À la fin de cette guerre, les troupes impériales victorieuses abandonnèrent la politique d’expulsion des étrangers et le pouvoir se lança dans une politique de modernisation continue ce qui déclencha la rébellion de Satsuma.

Jules Brunet entouré des officiers japonais

Après la défaite du shogu, Brunet rejoignit la rébellion pour lutter contre le gouvernement impérial, Le 9 novembre 1867, Tokugawa Yoshinobu (1837-1913) le 15ème shogun de la dynastie, se vit contraint de rendre le pouvoir à l’empereur, C’en était fini de l’ère du shogunat, La France désireuse de préserver à tout prix ses intérêts au Japon que celui-ci fut shogunal ou impérial devint officiellement neutre tandis qu’un décret impérial contraignait la mission militaire française à quitter le Japon, Brunet, fidèle à ses engagements et, considérant qu’il y allait de son honneur, refusa d’abandonner ceux qu’il avait formés, Il contribua à organiser la résistance de l’armée de bakugun, les derniers samouraïs demeurés fidèles à shogun, Il choisit donc de déserter de l’armée française tout en envoyant à Napoléon III une lettre ou il affirmai être « décider à mourir ou à servir la cause française en ce pays (Japon) » « Dans cette guerre inégale à un contre dix, quatre autres sous officiers français, Bouffier, Cazeneuve, Fortant et Le Marlin, continuèrent à se battre à la tête de leurs brigades japonaises respectives, persuadés que c’est ainsi qu’ils demeuraient fidèles à leurs éthique militaire et au serment qu’ils avaient prêté, Face à l’artillerie lourde, Brunet à du se replier sur Hakodate (Hokkaido), ou avec ses frères d’armes et quelques français, il fonda le 25 décembre 1868 l’éphémère république indépendante d’Ezo, sur le modèle constitutionnel américain, L’amiral de la flotte Takeaki Enomoto (1836-1908) en fut élu président.

Samouraïs du clan Chōshū lors de la guerre de Boshin 1860

Placées devant le fait accompli, les puissances étrangères reconnurent cette république qui n’a put survivre plus de six mois, Deux officiers français Eugène Collache et Henri de Nicol, avaient réussi à rejoindre Jules Brunet Ils avaient quittés le port de Yokohama le 29 novembre 1868 à bord d’un navire commercial, le Sophie Hélène, affrété par un homme d’affaire suisse, Au cours de l’hiver 1868-69, Collache reçu mission de fortifier toute la chaine montagneuse volcanique de l’île, tandis que Henri de Nicol se chargeait d’orgniser la Marine de cet nouvel Etat, Il y eu bien une vague tentative de bataille maritime contre la Marine Impériale à Miyakomais elle avorta en raison des intempéries et des pannes de moteurs, Contrains de se replier sur terre « les rebelles » durent bientôt faire face à l’infenterie Impériale forte de 8 000 hommes, entraînés par les Anglais et les Américains et qui avaient débarqués à Hokodate le 30 juin 1869, Face à elle les 800 combattants de l’impossible, soumis à d’intenses bombardements, furent bien obligés de déposer les armes, Les Français trouvèrent refuge sur le Coêtlogan, bateau battant pavillon tricolore et encré au large de Hokodate, C’est à bord de ce navire qu’ils durent se rendre le 8 juin 1869, Eugène Collache fut incarcéré à Edo (devenue Tokyo depuis quelques mois) et les magistrats de la cour Martiale appelés à le juger ne furent pas peu surpris de constater que l’officier français portait toujours des vêtements japonais alors que bon nombre d’officiers japonais et l’empereur lui-même étaient maintenant vêtus à l’occidentale.

J. Brunet dans les habits japonais

Les juges sous leur apparence impassible, tout en étant probablement pas insensibles à cette sorte de panache, nimbé du sens de l’honneur, en pourtant dû, conformément aux règles du code militaire condamner Collache à mort mais en sachant sans doute qu’on le gracierais in extremis sur le lieu de l’exécution, ce qui advint, Les autorités japonaises réclamèrent toutefois à l’armée française l’arrestation de Brunet et la dégradation de Collache, Toujours par soucis de ne pas envenimer les relations diplomatiques franco-japonaises mais aussi parce que Brunet avait déserté, on le traduisit donc, ès son retour, devant une cour martiale qui le condamna dans les derniers mois de 1869, Condamnation apparemment de pure forme puisque, comme Collache, il fut réhabilité pour participer à la guerre de 1870.

Général Jules Brunet (4ème en partant de la gauche)

Prisonniers des Prussiens puis se battant à Paris dans le rang des Versaillais pendant l’insurrection de la Commune, Jules Brunet poursuivit une brillante carrière qui le mena au grade de général de division en 1898 tandis que Eugène Collache relata les événements qu’il avait vécus dans un article intitulé « Une aventure au Japon 1868-1869 », Brunet termine sa carrière sous le commandement du général Jules Chanoine, son supérieur lors de sa mission au Japon. Il décédera le 18 août 1911 à Fontenay Sous Bois à l’âge de 74 ans.

« Maître Suzuki me demanda à quelle époque nous avions perdu nos chevaliers, nos guerriers. Je lui répondis que pour nous, le sens de la chevalerie remontait au moyen âge. Il me sourit et me dit que nos derniers chevaliers (samouraïs) étaient ces quelques Français qui par respect de leurs parole avaient décidé de rester dans une bataille perdue d’avance »**

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Les sources si elles n’ont pas été mis via les hyper-liens proviennent essentiellement de Wikipédia et du livre de Jean-Marie Thiébaud « La Présence française au Japon, du XVIe siècle à nos jours »

*Les premiers ateliers de photographie japonais 1859-1872

**Selon Akira Suzuki, dans le livre de F. Didier « Karaté Do; l’Esprit Guérrier » éd.SEDIREP juin 1988

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