La tradition martiale.


Cet essai fait suite à la réflexion posé par Ivan à la fin de son article, « Réflexions sur la tradition », publié sur Fudoshinkan.

« La question est donc où commence et où finit une tradition ? Quelles sont ses limites ? Qu’est-ce qui la définit ? Mais surtout quels sont nos préjugés, nos idéaux et nos images d’épinal sur la tradition martiale ? Enfin, qu’est-on prêt à accepter comme évolution culturelle, intellectuelle, morale, religieuse, technique au sein d’une tradition ? Vaste débat.»

Tradition…

Aujourd’hui ce mot est synonyme, un fourre-tout, de tout ce qui a attrait de plus au moins loin au passé d’un pays, d’une culture. Il suffit qu’un évènement se soit produit plusieurs fois d’affilé pour qu’on le traite de traditionnel; pourtant il n’y a rien de plus réducteur. Il serait nécessaire de donner une définition la plus fidèle à son sens originel pour essayer de voir où l’idée d’une tradition martiale pourrait nous mener.

La tradition d’après Larousse est l’acte de transmettre. Avec pour l’idée d’enseignement, de transmission d’une doctrine, de pratiques considérés comme vraies et par lesquelles on prétend fournir une interprétation des faits. Transmission s’effectuant originellement par la parole.

En précisant encore plus les choses, la tradition et tout ce qui s’y rattache implique un élément « d’ordre supra-humain ». C’est là en effet le point essentiel, celui qui constitue en quelque sorte la définition même de la tradition et de tout ce qui s’y rattache (1).

La définition ainsi posée, montre bien les limites que le sujet ne devrait pas franchir au risque de se perdre dans des considérations dépassant  le cadre sous-entendu au départ.

Existe-t-il alors une tradition martiale ?

Oui, en tout cas elle a existé en tant que telle dans des cultures différentes partout dans le monde. Bien que pour la majorité des cas et sans distinction d’origine, elle a souvent été rattachée à une autorité spirituelle. Paradoxale à première vue mais pas tant que ça. En effet, toute tradition orthodoxe comporte en elle des notions du pouvoir temporel (action) et du pouvoir spirituel (connaissance) sans pour autant se référer obligatoirement à une religion. Et, c’est sur ces bases que les sociétés traditionnelles s’étaient constituées, s’appuyant sur des doctrines, usant des rites et privilégiant l’initiation pour trier « le bon grain de l’ivraie ».

En Occident c’est fut le cas des ordres chevaleresques et comme dans certains cas en Orient, une particularité est à noter résidant dans leurs double caractère religieux et guerrier. C’est ainsi que nous pouvons relever les influences bouddhistes (temple Shaolin), Taoïstes (secte du Lotus Blanc, poing de la justice et de la Concorde, les triades) qui ont contribué à préserver les notions d’une la tradition martiale.

C’est dans ces dernières qu’on retrouve par ailleurs la fameuse « image d’Épinal », basé sur la cosmogonie purement orientaliste, héritière des phantasmes colonialistes du 19è siècle ; porteuse des idéaux faussés et source de préjugés pourtant si contemporain. Le fameux code des samouraïs, le Bushido, pure invention romanesque, continue encore à structurer, à obscurcir la vision et l’engagement des nombreux adeptes dans des pratiques japonaises. Car il est bien connu que le pratiquant européen tend à « être plus japonais que le japonais lui-même » ! Et, où les notions mystérieuses du Chi et de sa chemise de fer continuent à mystifier les pratiquants des arts martiaux chinois comme ils ont mystifiés en son temps les boxers, prétendant arrêter les balles leurs étant destinés, on sait avec quel résultat et, pourtant ?!

La notion de culture ou plutôt des coutumes propres à chaque à culture et l’attrait de ce qui est étranger, exotique peut expliquer certaines dérives. Dans une certaine mesure le même phénomène s’est produit au Japon avec l’avènement de l’ère Meiji et l’occidentalisation à outrance de la société nipponne.

Mais avant toute chose, la tradition martiale porte en elle la notion du savoir, du faire et surtout de sa transmission. La transmission du savoir-faire technique, qui même aujourd’hui, après « la mondialisation » des techniques de combat, appelé communément « arts martiaux », continue à perpétuer dans certains milieux, et  cela même en ce début du 21è siècle, les rites initiatiques propre à chaque tradition.

Et même si, par élans nationalistes, des structures ont été créé pour préserver l’héritage ancestral, à l’instar du  Dai Nippon Butokukai (organisme d’État japonais créé dans le but de contrôler tous les arts martiaux du pays  et ce depuis la fin du 19è) nous permettant d’assister aujourd’hui, au Japon comme un peu partout ailleurs,  à des reconstructions historiques des traditions martiales dans un quasi respect du plus petit détail. S’attachant des fois plus aux détails d’une tenue vestimentaire qu’à une exactitude technique.

Croire pour autant que le stricte respect des traditions, comparé par certains à un obscurantisme issu d’un autre siècle, empêche l’évolution, voir la modification des techniques de combat, c’est oublier le pragmatisme du guerrier ; est efficace ce qui fonctionne rapidement et à tous les coups.

Doit-on pour autant abandonner  l’idée d’une telle pratique, par soucis de réalisme ou d’efficacité toute relative  et basculer sur des pratiques sportives du genre MMA (« arts martiaux modernes ») ou de self-défense parfumé à la sauce militaire ?

« La personne qui poursuivrait la nature vraie des arts martiaux ne peut pas espérer comprendre ce qu’il fait s’il ne s’intéresse qu’à discerner les  méthodes de formation progressives de celles qui sont démodés, parce que la seule vraie méthode est  de se jeter dans les arts martiaux avec la dévotion totale et de cultiver son corps et son ki. » (2)
Des maîtres comme Kuroda Tesuzan et Kono Yoshinori nous prouvent que l’efficacité peut résider dans la tradition martiale et d’autres dans la veine d’un  Hino Akira ou d’un  Akuzawa Minoru, s’appuient sur celle-ci pour montrer des capacités hors du commun.

Vaste débat certes mais choix personnel avant tout, certainement.

(1)     René Guénon ; « Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps »

(2)     Me SAWAÏ Kenichi

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4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Steph dit :

    Hello Kiaz,
    Bel article cependant sur quoi te bases-tu en parlant de l’aspect romanesque du Bushido?
    Quant au Dai Nippon, si le but était certainement louable, je pense que, maintenant, l’aspect « mercantile » a un pris le dessus, du moins à ce que j’ai pu lire sur le sujet.
    A bientôt
    Steph

  2. ivan dit :

    Ahaaah ! Bonne poursuite de mon article, merci cher Kiaz 😉 Attends de voir ce que je mijote, je pense que tu vas savourer. Au plaisir.
    ivan

    1. Je me disais bien que ça ressemblait à « une mise en bouche » ! Je suis un peu coincé côté « connexion » étant en congés et je n’ai pas pu poursuivre plus ma réflexion. Alors, je m’arme de patience et attends le plat principal que tu sembles mijoter. 🙂

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