Le Bushidô. L’âme du Japon.


Dans un récent sujet sur « La tradition martiale » je suggérais une origine romanesque du Bushido. Je voudrais préciser ici un peu plus les choses.

En tant que passionné d’histoire et pratiquant d’arts martiaux japonais, j’ai été très longtemps en admiration devant les histoires de samouraïs que je n’hésitais pas à comparer aux histoires de nos chevaliers du moyen-âge (1). Bien que le côté exotique, un peu plus mystérieux des histoires de shoguns, de bushis et autre rônins semblait embellis par la droiture, le courage et l’honneur de ses samouraïs qui n’hésitaient pas s’ouvrir le ventre en cas de déshonneur.

Les fameux samouraïs, redoutables guerriers qui ne tremblaient pas devant l’idée de la mort. Vivant avec au quotidien et l’acceptant comme inévitable. Leurs sens de loyauté envers les daymos, leurs seigneurs, les poussaient à chérir cette idée de mort pouvant intervenir à chaque instant et pas seulement en cas de déshonneur.  Adeptes pour beaucoup du bouddhisme zen, ils suivaient à la lettre le bushidô.

Le bushidô, le fameux code des principes moraux que les samouraïs japonais étaient tenus d’observer.

Voici ce qu’en en dis communément aujourd’hui :

« Bushido (武士道, Bushidō?) vient d’un mot japonais provenant lui-même du chinois 武士道 (« wu shi dao ») signifiant littéralement « la voie du guerrier » – de « bushi » (guerrier) et « dō » (la voie).

La première mention de ce mot est faite dans le Kōyō Gunkan, écrit aux alentours de 1616 mais l’apparition du bushido est liée à celle de la féodalité japonaise et des premiers shoguns à l’époque de Minamoto no Yoritomo au XIIe siècle. » (2)

Les faits semblent remonter au XIIe siècle et, l’allusion à une chose similaire dans sa version chinoise est même sous entendue (sous quels fondements ?)

Que les statuts de bushis soient défini  avec ceux des premiers shoguns semble tout à fait normal compte tenu de l’affirmation d’un pouvoir guerrier  et de l’instauration d’une féodalité face au pouvoir de l’empereur. Affirmer, sous-entendre plutôt que l’origine du code soit contemporaine à l’apparition d’une caste guerrière c’est mal connaitre l’histoire du Japon et s’illusionner sur la soi-disant « chevalerie » des bushi.

Le bushidô est porteur de valeurs morales « semblant » être issues pour leur majorité du bouddhisme. Pourtant, ce n’est que pendant la période Edo (3) que les samouraïs se sont rapprochés du zen qui leur apportait des éléments (valeurs conceptuelles) proche de leur pratique du sabre et de la conception de leur nature de « serviteurs prêt à mourir ».

Sans parler des notions incluent dans le concept même du « dô », de la Voie, qui porte en lui tout un symbole d’une réalisation spirituelle.

Mais les histoires sont un peu comme les contes pour les enfants. Même s’ils contiennent un fond de vérité, ils n’en restent pas moins des histoires.

« Le terme bushidô a été créé, à la fin du siècle dernier (XIXe), par le vicomte Yamaoka, sans doute sur le modèle du mot shintô. Yalaoka se proposait, au cours des conférences où il employa le mot pour la première fois, non pas d’exposer un prétendu code du Samouraï, mais de dicter à ses concitoyens des préceptes moraux renouvlés du confucianisme et du bouddhisme et adaptés à la vie moderne. Il faut croire que ce mot n’éveillait pas grand écho dans leur esprit, puisque jusqu’en 1904, où parut le Dictionnaire japonais-français de Lemaréchal, aucun lexique ne lui avait encore donné asile (ne figure pas dans le dictionnaire Brinkley, édition 1900), et M. Bellessort ne se rappelle pas l’avoir entendu au Japon avant son second voyage au Japon de 1914. Entre temps il s’était transformé. Au lieu de désigner une morale nouvelle, il était devenu, sous la plume de M. N., un fait historique. Il avait fallu, toutefois, que ce nouveau-né à peine viable allât chercher à l’étranger vigueur et santé.

L’existence et la teneur des conférences de Yamaoka suffirait à enlever tout crédit à la thèse de M. N. Si un doute subsiste encore dans l’esprit du lecteur, qu’il veuille bien se reporter aux « preuves » que donne l’auteur : « Le Bushidô, dit-il (p.32), était le code des principes qui étaient enseignés aux chevaliers et qu’ils étaient tenus d’observer. Ce n’est pas un code écrit ; il consiste surtout en certaines maximes – ou transmises oralement ou transcrites par la plume – formulées par quelque guerrier fameux ou par quelque savant célèbre. Le plus souvent, c’est un code qui, n’étant ni énoncé ni écrit, bénéficie d’autant plus de cette consécration puissante que confère à la fois le fait et la loi non écrite. » Nous ne nous payons pas de mots, comme l’auteur de cette belle phrase, et nous demandons à connaître  ce qui est écrit. Or, le seul texte que citera M.N. est le Bukke Hatto, et c’est pour déplorer qu’il ne s’y trouve rien sur la question (p.33). La vérité historique est quand même plus exigeante que M.N. ne semble le croire.

(…)

Quelle est la cause du succès du mot bushidô et de l’ouvrage de M.N. à l’étranger ? C’est, je crois, cette mystique qui nous fait toujours chercher quelque chose de nouveau sous le soleil.

(…)

Il n’y a jamais eu au Japon une chevalerie à la façon de la nôtre, avec des règlements énoncés, un nom, une initiation, des épreuves. Il n’y a rien d’humiliant pour les Japonais de ce fait. Ils ont autre chose à nous montrer dans leur histoire : des clans, de grandes familles, des associations, telle celle des Otokodate, des grands hommes. M.N. cite, en l’approuvant, ce passage de La Mazelière : « Vers le milieu du XVIe siècle tout est confusion au Japon, dans le gouvernement, dans la société, dans l’Eglise. Mais les guerres civiles, les mœurs retournées à la barbarie, la nécessité pour chacun de se faire justice soi-même : tout cela forma des hommes comparables à ces italiens du XVIe. »

Voilà ce que M. Nitobé aurait pu nous montrer. »

 

Extrait du livre « Le Bushidô. L’âme du Japon. » d’Inazo Nitobé. Traduit en français par Charles Jacob. Préface d’André Bellesort. – Paris. Payot, 1927.

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Mais serions-nous prêt à remettre en cause notre image d’Épinal concernant les Arts Martiaux ?

La réponse doit se trouver quelque part entre notre compréhension et notre engagement dans la pratique.

Mais serions-nous prêt à remettre en cause notre image d’Épinal concernant les Arts Martiaux ?

La réponse doit se trouver quelque part entre notre compréhension et notre engagement dans la pratique.

*http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1927_num_27_1_4399

(1)  Il est à noter qu’au moyen-âge les Ordres de chevalerie ont été toujours rattaché principalement leurs conceptions doctrinales à saint Jean et que l’Ordre du Temple quant à lui avait une « règle » écrite par saint Bernard.

(2)  Source Wikipédia.

(3)  Le shogunat Tokugawa, une dynastie de shoguns qui dirigeât le Japon de 1603 à 1867. Période de paix pendant laquelle la fonction combattante du guerrier à perdue un peu de son importance.

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4 commentaires sur « Le Bushidô. L’âme du Japon. »

  1. Cher Kiaz,

    Merci d’apporter autant d’éléments qui rétablissent des vérités historiques que peu de gens connaissent ou seraient prêt à reconnaître :
    * Nitobe a romantisé un prétendu code d’honneur des samurai alors que lui même n’a jamais connu cet état
    * avant l’ère Tokugawa (1603-1867) chaque clan/famille avait ses préceptes ou codes de conduite (voir le fameux code du clan Takeda) et ces codes n’étaient pas forcément écrits ni partagés par tous les clans.

    En support, je joins un article de Karl Friday qui est largement reconnu en tant qu’historien sur les koryu (étant lui même menkyo et shihan de la Kashima ShinRyu)
    http://www.koryu.com/library/kfriday2.html.

    Cela abonde dans ton sens où c’est l’époque Togukawa qui voit l’apparition des « amalgames » entre confucianisme, un certain bouddhisme zen et l’idéologie de castes figés qu’imposeront les Tokugawa pour préserver une paix chèrement gagéne après des siècles de guerre civile permanente (grosso modo de la période Kamakura 1192 au début de l’ère Tokugawa en 1603).

    1. Cher Jean-Claude,
      Combien même d’autres apporterons des preuves de se méfier des icônes établies cela reviendra tout de même à prêcher dans le désert.

      Pour continuer dans le même esprit, voici ce qu’on en dis Valmy Debot dans le dernier SAMOURAI (le magazine et non le film):
      « La caste des samouraïs semble couvrir d’une noble vertu les agissements de ces guerriers. Aujourd’hui on aurait tendance à les idéaliser. Mais cela n’en n’a pas toujours été ainsi. Au service du seigneur, choisi en fonction de la solde qu’il pouvait verser, ils mettaient leur vie en jeu lors des batailles sans merci. Il faut dire que le samouraï, dans son optique de vie, avait, comme l’on sait, donné sa vie avant de monter au front. Cependant, il n’était pas rare qu’au coeur de la bataille, voyant la victoire échapper à son seigneur, que des samouraïs changent de camps et se mette au service de l’ennemi du seigneur. Il est arrivé que des samouraïs changent ainsi de camps plusieurs fois dans le déroulement de la bataille…ce n’était pas très noble cela! »

      Et, j’en profite pour préciser que je ne dénigre pas la culture martiale nippone au contraire, j’essai de la mettre en valeur en la sortant des carcans mystiques dont elle est accaparé.

  2. Bonjour, pouvez vous me dire globalement comment est vu en occident le Samouraï, je sais que c’est différent qu’en Orient, mais jaimerais savoir les grandes differences.

  3. Bonjour Cassandra, ton message est passé à la trappe, désolé.
    Je ne saisie pas bien le sens de ta question? Je décris justement cette image faussé, sublimée par la pensée occidentale. Que souhaiterais tu savoir précisément? Si toute fois c’est dans mes compétences… :p

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