Japon.

Demain je prends mes valises et file à Paris pour partir le lendemain vers le rêve d’un gosse, le rêve de tout pratiquant d’arts martiaux japonais: le pays du soleil levant.

Excité. Impatient. Gaie comme un larron, que je suis!

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Un projet porté depuis plus d’un an à la demande de mon maître, Minoru Akuzawa, fondateur d’Aunkai. Je suis tout heureux car ma femme m’accompagne ainsi que plusieurs amis et cinq de mes élèves.

Le voyage sera intense et l’aventure riche en partage. Je n’en attends pas moins!

Gambatte!!!!

Izanami perd la tête

La statue du Dieu fondateur du Japon ( le dieu qui se trouve toujours sur la terre) a vu sa tête décapitée par une roche volcanique dans l’éruption du mont Ontake

Le mont Ontake (3 185m) « qui dans l’esprit des Japonais, ne le cède en sainteté qu’au seul mont Fuji » est appelé aussi Mitake.

N’y voyons aucun sombre présage quant à l’avenir du Japon…

la+statue+du+dieu+fondateur+du+Japon+a+été+décapitée

MtOntakeSummit

 

 

Shidô, ou la Voie du lettré.

Nous vivons une période dans laquelle, nous les occidentaux n’ayant pas connu la guerre, sur nos territoires tout au plus, depuis la fin de 1945. Période de moult échanges, accentués avec la mobilité des troupes militaires lors du dernier conflit mondial, avec les cultures orientales. Et notamment avec leurs conceptions socio-philosophiques au sujet de la transmission d’un savoir-faire militaire, issu pour leur quasi-majorité, d’un passé national sublimité par les élans nationalistes du moment. Le tout à la sauce orientaliste en vogue depuis la fin du XIXe dans l’occident bourgeois et rentier à la recherche de nouvelles extases.

Les 108 héros du populaire Suikoden

Les 108 héros du populaire Suikoden

La preuve en est par Bushidô.

 » Avec la victoire sur la Chine en 1895 le bushidô, de valeur d’opposition, devient une valeur éminemment positive. L’idée historiquement infondée du bushidô comme code d’honneur du samouraï médiéval se répand. En 1900, Nitobe Inazô (chrétien quaker mort en 1933) fait paraître aux Etats-Unis Bushidô, Soul of Japan. Il en fait une morale idéale parallèle de celle supposée de la chevalerie occidentale. Son ouvrage, sans aucun fondement historique (il s’agit plutôt d’une méditation de l’auteur sur la manière dont il conçoit la culture japonaise), est très apprécié en Occident, et du coup traduit en japonais en 1908. »

« Vouloir comprendre les comportements des guerriers du Moyen  ge à partir du bushidô tel qu’on l’interprète aujourd’hui nous conduit droit au contresens historique. Ces contresens sont pourtant fréquents dans le Japon d’aujourd’hui, et pas seulement au Japon. On les trouve fréquemment dans les livres à succès de la littérature japonaise comme dans les films hollywoodiens. »

Et le Shidô dans tout ça?

« Les deux mots bushidô et shidô se ressemblent et seront plus tard souvent confondus. Le shidô, c’est la Voie de celui qui place au centre la notion de shi (gentleman, lettré), qu’il faut entendre comme l’administrateur lettré au fait des enseignements du confucianisme. La notion de shi est, à l’origine, opposée à celle de bushi au sens de spécialiste du combat. On peut voir un exemple de cette Voie du lettré dans Okina mondô(Questions et réponses d’un vieillard) (vers 1640 ou 1641) de Nakae Tôjû (1608-1648), texte qui encourage l’étude des classiques confucéens, vante le lettré qui se comporte avec beaucoup de retenue et cherche à devenir un exemple pour le peuple, se moque de cette pensée brutale et rétrograde du siècle passé qu’on désigne sous le nom de bushidô. »

Les extraits cités proviennent du texte Figures du samouraï dans l’histoire japonaise Depuis Le Dit des Heiké jusqu’au Bushidô par Saeki Shin’ichi traduit du japonais par Pierre-François Souyri. 

Couverture de le Dit des Heiké

Articles complémentaires:

L’épopée Jules Brunet au Japon

Le Bushidô l’âme du Japon

 

Les arts martiaux traditionnels sont-ils en voie de disparition?

A la question « AMs traditionnels en voie de disparition ? » j’ai répondu:

« Un art martial traditionnel par définition ça n’existe pas. Vu que la locution néologique d’origine anglo-saxonne date der années 30 (du siècle dernier, je m’entends)

Shaolin-wushuMême si cette locution est rentrée dans le langage courant, avec d’autres simplifications linguistiques lié à la complexité de l’univers extrême-oriental de techniques de combat – qui entre nous complique plus les choses qu’autre chose – la question initialement posée mérite bien réflexion, à condition que les choses soient les plus claires possibles.

Car le vrai problème se situe au niveau culturel et à l’attrait occidental, à la fièvre orientaliste qui dès 18è à enflammé les imaginations pour se fixer un siècle plus tard dans l’art et dans l’imaginaire populaire (le ju-jutsu supérieur à la lutte parisienne, le karaté comme l’art mortel avec son coup qui tue, etc…)

Il n’y a pas de culture sans traditions ni transmission.

aiki_juDonc, l’envie de perpétrer des « AMs traditionnels » asiatiques – en occident – n’est rien d’autre qu’un souhait de travestis, de continuation, de pérennisation d’une culture étrangère, au motif que, elle à un attrait particulier. Tout en mettant l’efficacité de côté. L’efficacité qui demande des adaptations, des évolutions par rapports aux paramètres en constante ébullition.

Car de tout temps et tous lieux, les diverses traditions ont toujours été absorbées par d’autres cultures. Et les techniques de combat n’ont pas fait l’exception à la règle. Ce qui fonctionnait à été pris sans le « décorum » étranger à sa propre culture. A été distillée et assimilée (full contact, JKD, Sanda, MMA…)

C’est peut être ça au fond la tradition martiale?…..;-)

Pour aller plus loin:

Entraînement paramilitaire au Japon

La gymnastique militaire française

Amoros et la naissance de Joinville

L’épopée Jules Brunet

La modernisation des arts martiaux chinois

L’émergence du sport au Japon

Kata d’hier et d’aujourd’hui, même combat?

La tradition martiale

Le Bushido, l’âme du Japon

 

Le Bushidô. L’âme du Japon.

Dans un récent sujet sur « La tradition martiale » je suggérais une origine romanesque du Bushido. Je voudrais préciser ici un peu plus les choses.

En tant que passionné d’histoire et pratiquant d’arts martiaux japonais, j’ai été très longtemps en admiration devant les histoires de samouraïs que je n’hésitais pas à comparer aux histoires de nos chevaliers du moyen-âge (1). Bien que le côté exotique, un peu plus mystérieux des histoires de shoguns, de bushis et autre rônins semblait embellis par la droiture, le courage et l’honneur de ses samouraïs qui n’hésitaient pas s’ouvrir le ventre en cas de déshonneur.

Les fameux samouraïs, redoutables guerriers qui ne tremblaient pas devant l’idée de la mort. Vivant avec au quotidien et l’acceptant comme inévitable. Leurs sens de loyauté envers les daymos, leurs seigneurs, les poussaient à chérir cette idée de mort pouvant intervenir à chaque instant et pas seulement en cas de déshonneur.  Adeptes pour beaucoup du bouddhisme zen, ils suivaient à la lettre le bushidô.

Le bushidô, le fameux code des principes moraux que les samouraïs japonais étaient tenus d’observer.

Voici ce qu’en en dis communément aujourd’hui :

« Bushido (武士道, Bushidō?) vient d’un mot japonais provenant lui-même du chinois 武士道 (« wu shi dao ») signifiant littéralement « la voie du guerrier » – de « bushi » (guerrier) et « dō » (la voie).

La première mention de ce mot est faite dans le Kōyō Gunkan, écrit aux alentours de 1616 mais l’apparition du bushido est liée à celle de la féodalité japonaise et des premiers shoguns à l’époque de Minamoto no Yoritomo au XIIe siècle. » (2)

Les faits semblent remonter au XIIe siècle et, l’allusion à une chose similaire dans sa version chinoise est même sous entendue (sous quels fondements ?)

Que les statuts de bushis soient défini  avec ceux des premiers shoguns semble tout à fait normal compte tenu de l’affirmation d’un pouvoir guerrier  et de l’instauration d’une féodalité face au pouvoir de l’empereur. Affirmer, sous-entendre plutôt que l’origine du code soit contemporaine à l’apparition d’une caste guerrière c’est mal connaitre l’histoire du Japon et s’illusionner sur la soi-disant « chevalerie » des bushi.

Le bushidô est porteur de valeurs morales « semblant » être issues pour leur majorité du bouddhisme. Pourtant, ce n’est que pendant la période Edo (3) que les samouraïs se sont rapprochés du zen qui leur apportait des éléments (valeurs conceptuelles) proche de leur pratique du sabre et de la conception de leur nature de « serviteurs prêt à mourir ».

Sans parler des notions incluent dans le concept même du « dô », de la Voie, qui porte en lui tout un symbole d’une réalisation spirituelle.

Mais les histoires sont un peu comme les contes pour les enfants. Même s’ils contiennent un fond de vérité, ils n’en restent pas moins des histoires.

« Le terme bushidô a été créé, à la fin du siècle dernier (XIXe), par le vicomte Yamaoka, sans doute sur le modèle du mot shintô. Yalaoka se proposait, au cours des conférences où il employa le mot pour la première fois, non pas d’exposer un prétendu code du Samouraï, mais de dicter à ses concitoyens des préceptes moraux renouvlés du confucianisme et du bouddhisme et adaptés à la vie moderne. Il faut croire que ce mot n’éveillait pas grand écho dans leur esprit, puisque jusqu’en 1904, où parut le Dictionnaire japonais-français de Lemaréchal, aucun lexique ne lui avait encore donné asile (ne figure pas dans le dictionnaire Brinkley, édition 1900), et M. Bellessort ne se rappelle pas l’avoir entendu au Japon avant son second voyage au Japon de 1914. Entre temps il s’était transformé. Au lieu de désigner une morale nouvelle, il était devenu, sous la plume de M. N., un fait historique. Il avait fallu, toutefois, que ce nouveau-né à peine viable allât chercher à l’étranger vigueur et santé.

L’existence et la teneur des conférences de Yamaoka suffirait à enlever tout crédit à la thèse de M. N. Si un doute subsiste encore dans l’esprit du lecteur, qu’il veuille bien se reporter aux « preuves » que donne l’auteur : « Le Bushidô, dit-il (p.32), était le code des principes qui étaient enseignés aux chevaliers et qu’ils étaient tenus d’observer. Ce n’est pas un code écrit ; il consiste surtout en certaines maximes – ou transmises oralement ou transcrites par la plume – formulées par quelque guerrier fameux ou par quelque savant célèbre. Le plus souvent, c’est un code qui, n’étant ni énoncé ni écrit, bénéficie d’autant plus de cette consécration puissante que confère à la fois le fait et la loi non écrite. » Nous ne nous payons pas de mots, comme l’auteur de cette belle phrase, et nous demandons à connaître  ce qui est écrit. Or, le seul texte que citera M.N. est le Bukke Hatto, et c’est pour déplorer qu’il ne s’y trouve rien sur la question (p.33). La vérité historique est quand même plus exigeante que M.N. ne semble le croire.

(…)

Quelle est la cause du succès du mot bushidô et de l’ouvrage de M.N. à l’étranger ? C’est, je crois, cette mystique qui nous fait toujours chercher quelque chose de nouveau sous le soleil.

(…)

Il n’y a jamais eu au Japon une chevalerie à la façon de la nôtre, avec des règlements énoncés, un nom, une initiation, des épreuves. Il n’y a rien d’humiliant pour les Japonais de ce fait. Ils ont autre chose à nous montrer dans leur histoire : des clans, de grandes familles, des associations, telle celle des Otokodate, des grands hommes. M.N. cite, en l’approuvant, ce passage de La Mazelière : « Vers le milieu du XVIe siècle tout est confusion au Japon, dans le gouvernement, dans la société, dans l’Eglise. Mais les guerres civiles, les mœurs retournées à la barbarie, la nécessité pour chacun de se faire justice soi-même : tout cela forma des hommes comparables à ces italiens du XVIe. »

Voilà ce que M. Nitobé aurait pu nous montrer. »

 

Extrait du livre « Le Bushidô. L’âme du Japon. » d’Inazo Nitobé. Traduit en français par Charles Jacob. Préface d’André Bellesort. – Paris. Payot, 1927.

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Mais serions-nous prêt à remettre en cause notre image d’Épinal concernant les Arts Martiaux ?

La réponse doit se trouver quelque part entre notre compréhension et notre engagement dans la pratique.

Mais serions-nous prêt à remettre en cause notre image d’Épinal concernant les Arts Martiaux ?

La réponse doit se trouver quelque part entre notre compréhension et notre engagement dans la pratique.

*http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1927_num_27_1_4399

(1)  Il est à noter qu’au moyen-âge les Ordres de chevalerie ont été toujours rattaché principalement leurs conceptions doctrinales à saint Jean et que l’Ordre du Temple quant à lui avait une « règle » écrite par saint Bernard.

(2)  Source Wikipédia.

(3)  Le shogunat Tokugawa, une dynastie de shoguns qui dirigeât le Japon de 1603 à 1867. Période de paix pendant laquelle la fonction combattante du guerrier à perdue un peu de son importance.

Japan, today…..

Le Japon a été frappé par une catastrophe sans précédent depuis le début de ce XXI unième siècle. Il est difficile de retrouver ses petits parmi toutes les informations contradictoires diffusés en boucles sur les chaînes télévisées  et au milieu de toute cette surenchère médiatique, malheureusement à consonance  francophone.

Désolation suite au tsunami

Où, l’hypocrisie frôle l’insolence tant la course a l’audimat manipule l’information pour essayer d’en faire la une.


Évoluant dans un milieu de sympathisants nippon par similitudes liés à la pratique purement martiale ou tout simplement proche au malheur qui à frappé la population du pays du soleil levant. Je ne peux rester insensible à tout ce drame et, publie ce post malgré la résignation initiale.

Séisme au Japon : risque de catastrophe nucléaire

Il n’est pas dû à la culpabilité d’inertie résignée, ni à l’envie de s’imposer face au discours officiel, mais il est juste le témoignage de toutes ces personnes investie dans une démarche de transparence par rapport au quotidien sur le terrain. Face à la peur,  face à la désinformation, face à l’inconnu et à l’envie d’y voir plus clair.

 

désolation suite au séisme au japon

Alors, je salue l’initiative de certains amis, comme  Jack ジャック qui tentent par tous les moyens de disperser le brouillard de la désinformation en apportant du réconfort aux ignorants que nous sommes.

Et, pour terminer, face à mon impuissance devant tout ce désastre, permettez moi de réciter juste ces quelques mots…cette prière du coeur.

« Seigneur, Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur. »

Certains trouverons des formules qui leurs sont propres. Mais nous savons tous que peu importe la forme tant que le fond soit juste.

Kata d’hier et d’aujourd’hui, même combat?

Apparition des Arts Martiaux partie 7

Je tiens à préciser que je n’ai pas posté cet article (ni les précédents) en tant que “vérité ultime”. La lecture d’un article parut dans la revue “Karaté-Bushido” (jan.09) et signé de Patrick Lombardo parle du sujet dont j’ai emprunté le titre pour cette 6ème partie. Et l’hypothèse avancé par P. Lombardo correspond étrangement aux différents articles que j’ai déjà postés.  

1- Mais je vais résumer un tout petit peu ma pensée:

– Je me suis intéressé à l’hypothèse d’une influence de la culture physique européenne sur l’augmentation de la part de la pratique chorégraphique dans les arts martiaux chinois. Et, comme exemple donné, la codification des enchaînements, du programme de l’association de culture physique Jingwu, comme des exercices de gymnastique.

– Le développement spectaculaire des techniques corporelles occidentales, tant en Allemagne avec Jahn, qu’en suède avec PM Ling ou qu’en France avec Amoros. Et une classification de la gymnastique et ressort de ses nombreux courants ; militaire français, nationaliste allemand et le courant hygiéniste suédois.

En France, Francisco AMOROS à structuré la gymnastique et son œuvre à été poursuivie, pour arriver en 1852 à la création de l’Ecole de Joinville par N. Laisne et le colonel d’Argy. En effet, depuis longtemps déjà, l’État-Major a perçu l’intérêt de la gymnastique dans la préparation du soldat. Le Japon quant à lui, sortait d’une longue période isolationniste. Après l’arrivée du commodore Perry, de nombreuses écoles des domaines féodaux qui se chargeaient d’éducation d’enfants des samouraïs, ont commencé à enseigner la gymnastique comme une forme d’entraînement paramilitaire. Initialement, c’est le système néerlandais qui à été utilisé, mais plus tard, le shogunat a employé le système français, élaboré par Francisco Amoros (1770-1848). 

C’est peut être le moment de parler du capitaine Jules Brunet. Un officier militaire français qui se fit remarquer lors d’une mission d’instruction au Japon. En effet, suite à la défaite du Shogun, cet instructeur d’artillerie venu moderniser l’armée japonaise se joignit à la rébellion contre le pouvoir impérial nippon, inspirant le personnage du Dernier Samouraï (film d’Edward Zwick, 2003). L’intervention ou plutôt l’aide et l’investissement de la mission militaire française lors de la guerre de Boshin à aidée peut être le pouvoir en place à « préférer » une telle méthode d’éducation paramilitaire ?!

Cadets de Joinville-le-pont

Le jeune prince Mutsuhito, devenu le successeur de son père est devenu le représentant de la réforme « d’évolution » de L’ère Meiji (mei; = lumière, clarté – ji; = gouvernement). C’est ainsi que l’ère Meiji commença officiellement en janvier 1868, permettant ainsi l’entrée organisée et volontaire du Japon dans l’ère industrielle – quoique parfois soumis aux pressions étrangères -, et donc l’abandon d’un régime essentiellement féodal. Il s’agissait pour le Japon de se moderniser au plus vite, afin de traiter d’égal à égal avec les occidentaux pour éviter de tomber sous leurs dominations (comme se fut le cas pour la Chine durant la même période avec les “traités inégaux”). C’est pourquoi l’archipel fut l’une des rares contrée d’Asie à n’avoir jamais été « colonisé » par aucun autre pays. Bien au contraire, l’Empire japonais deviendra à son tour, quelques années plus tard, une « puissance coloniale » importante : la première guerre sino-japonaise en 1894-1895, permettra à l’Empire du Soleil Levant (par le traité de Shimonoseki) de mettre la main sur Taïwan, l’archipel des Pescadores et la presqu’île du Liaodong, ainsi que de placer la Corée sous sa sphère d’influence (signature d’un traité alliance militaire).

En 1873, le gouvernement impérial vote la conscription et crée l’Armée impériale japonaise. Les samouraïs perdent leur statut de seule classe militaire, non sans résistance. Après une longue période de paix, le Japon se réarme en important des armes occidentales, puis finalement en fabriquant des armes conçues directement au Japon. Il n’est pas étant donc, de penser que les recrues de l’Armée Impériale issus « du petit » peuple et de la bourgeoisie, adoptent et croient dur comme fer aux méthodes européenne d’éducation physique et méthodes militaire. Sans oublier le pouvoir en place qui ne faisait que favoriser la pratique de cette gymnastique qui n’ait pas simplement pour but de favoriser une bonne santé, mais devenait aussi un symbole d’unité et de coopération. À partir de 1879, Okinawa est pratiquement devenue une partie du Japon. Les conscrits ont participé aux conflits menés par l’Armée Impériale ; il n’est étonnant qu’ils ont importés les méthodes sur l’île. Quant au reste de l’hypothèse, parce que s’en est une, et pour celui qui à lu l’article en entier constatera que P. Lombardo ne met aucunement en doute l’existence des « katas » avant le 19ème siècle.

Il porte une réflexion sur la définition même de celui-ci et fait une hypothèse sur le rapport de cause à effet sur l’influence occidentale sur les pratiques chinoises d’une part, japonaises puis sur leurs « développement » à Okinawa d’autres part.

2 – Mais que nous dis précisément P. Lombardo dans son article?

 Dans l’article que j’ai cité, l’auteur précise bien que : – il faut se mettre d’accord sur la définition du terme « kata* » – qu’au Japon, et cela depuis des siècles, les kata se pratiquent à 2 – qu’à Okinawa, que ce soit à mains ou armées, les katas se sont toujours fait à deux (Kata kumiwaza/oyo/renzoku, mais à deux.) – que de nos jours, dans certains pays lorsqu’on parle des katas, en fait surtout référence à une pratique solitaire – qu’il ne nie pas l’existence des kata à Okinawa datant du XIVe et du XVIIe La question soulevée porte sur la période à partir de laquelle les AMC ont commencé à élaborer des katas à mains nue dans le vide. (sans partenaire !)


Miyagi et Kyoda

L’hypothèse d’une pratique « en solitaire » d’une séquence de combat est assimilée à un spectacle pour épater la galerie et attirer des nouveaux adeptes (les Boxers) La 2ème hypothèse porte sur l’influence de l’éducation militaire occidentale sur l’élaboration d’un enseignement destiné à des enfants à l’école. (cf. le premier billet) donc un enseignement de masse à teneur éducative et gymnique (donc tout sauf « martial ») (*”….car le kata n’est pas qu’un simple moule. En Japonais, le concept du kata est très large, ce n’est pas seulement une séquence gestuelle, mais cala peut être aussi un seul mouvement ou une seule posture. Une seule technique magnifique pourrait être considéré à elle seule comme un kata.” K.Tokitsu) D’autres ryû ont transmis des katas de lance, de bâton, de fauchard qui s’étudient avec au moins un partenaire. Il es est de même Jû-jutsu et le judo qui en est issu.

Entraînement sous l’oeil de Miyagi

Mais dans certains pays lorsqu’on parle des katas, en fait surtout référence à une pratique solitaire. Du coup la question qui se pose, c’est à partir de quand les AMC (ancêtre du karaté) ont commencé à élaborer des katas à mains nue dans le vide. L’auteur fait référence à la Révolte de Boxeurs qui fût le moment déclencheur de cette pratique. Lors de cette célèbre révolte (1898-1900) certains adeptes se produisaient sur des estrades dressées au centre des villages « montrant leurs muscles et leurs techniques, bougeant et criant dans le vide », c’était le moyen de dévoiler sa force et de recruter des nouveaux membres. Les “kata” chinois ont-ils vraiment existé avant cette date ou bien ont-ils été créés pour l’occasion? Était-ce là le grand début de l’histoire des “kata” chinois? J’ai tendance (l’auteur) de croire que oui. Mais nombreux sont ceux qui pensent dur comme fer que les “kata” (à main nue dans le vide) furent créés il y à des siècles, peut être dans le monastère de Shaolin ou sur quelque montagne mystérieuse. Après tout pourquoi pas? Tout dépend peut être de la définition que l’on donne au mot “kata”. Je vous fait grâce du passage traitant de l’influence chinoise sur l’Okinawa…car la suite fut, pour moi, beaucoup plus intéressante. 3 – Le Kata influencé par la Boxe Française. A la fin des années 1800 le maître Anko Itosu envisage de faire entrer le Karaté dans les programmes de gymnastique des écoles primaires d’Okinawa. Dans cette démarche, il est aidé par deux de ses élèves : Kentsû Yabu et Chômo Hanashiro. Yabu, est un ancien sous-officier de l’Armée Impériale, dégagé de ses obligations militaires il est professeur d’éducation physique et de préparation militaire à l’école Normale d’Okinawa. La nouvelle Armée Impériale du Japon avait été constituée une trentaine d’années auparavant sur le modèle européen, notamment napoléonien.

Et c’est là qu’intervient sur le karaté l’influence de la boxe française. La Boxe Française était incluse dans le cursus de formation de l’école Militaire de Joinville-le-Pont, qui fut crée par N. Laisne et le colonel d’Argy. A Joinville, la discipline est étudiée selon la méthode des Défenses sur les Quatre Faces. (Joseph CHARLEMONT, fait son apprentissage de boxeur au bataillon de Joinville. La méthode de Joinville naquit avec l’école en 1852. Elle enseignait la défense à quatre faces, contre d’invisibles et multiples adversaires.

Cette méthode est elle-même inspirée de pratiques militaires plus anciennes comme le maniement du porte-baïonnette, avec lequel, seul dans le vide, on pique aux quatre coins (devant, à gauche, à droite et derrière) avant de revenir au point de départ. C’est dans l’Armée Impériale que Yabu avait découvert le principe de la méthode aux Quatre Faces et s’était imprégné des techniques européennes de formation collective ou des dizaines de pratiquants, alignés sur des rangées bien ordonnés, répètent tous ensemble les mêmes mouvements sur les ordre d’un instructeur…

4 – Début 1900, un programme de Gymnastique Martiale. 

De retour à Okinawa, il allait mettre en pratique ce nouveau système dans l’enseignement. Yabu à dû faire partager ses idées avec Itosu. Pour ce dernier, et sans doute aussi pur certains responsables de l’Éducation Nationale, le Karaté traditionnel ne peut convenir à des enfants. Il faut donc créer de nouveaux modes d’entraînement. Des nouveaux katas furent crée, plus courts et plus simples que les katas traditionnels. Il découpe le kata Kushanku en cinq parties qu’il nommera Pinan. On prendra désormais soin, de travailler « aux quatre face » et de bien revenir au point de départ, comme dans le modèle de Joinville (ce qui n’était pas le cas dans des katas anciens).

Entraînement à la savate

Pour parfaire le tout, il est décidé, à la demande de Hanashiro, de fermer les poings, car l’utilisation des mains ouvertes posait problème aux enfants dans les katas. Là encore retrouve l’influence de la Boxe de Joinville. A l’arrivée, on obtient des katas présentables dans le cadre d’un programme de gymnastique, mais on ne travaille plus avec un partenaire pour l’efficacité : on répète dans le vide des mouvements cadence. Le modèle est celui d’une gymnastique de groupe à vocation martiale et le Karaté entre dans les écoles vers 1900/1902. Par la suite, de nombreux styles de Karaté vont adopter cette forme de pratique dans les katas et peu à peu la nécessité des bunkai se fera moindre.

Le karaté dans les écoles d’Okinawa

Ainsi, les événements historiques que j’ai rapporté sur cette époque, notamment sur le cas du capitaine Jules Brunet, suscitent une saine prise en considération de l’hypothèse que je reprends de P. Lombardo et qui se confirme par le texte de Kenji Tokitsu (réf. cité plus haut) suivant, sur le changement significatif de la façon de marcher des Japonais à partir du début de l’époque Meïji.

« D’une façon un peu caricaturale, on peut dire que les modèles suivants avaient cours à la fin de l’époque Edo. Les guerriers marchaient en plaçant leur main près du sabre inséré dans la ceinture et dirigeaient le corps à partir du ventre. Les commerçants marchaient à petits pas en posant les mains sur leur tablier et en penchant le corps en avant. Les artisans marchaient sans balancer leur corps ni leurs outils, avec de la souplesse dans les genoux. Les paysans marchaient le corps penché en avant en posant les mains sur les charges qu’ils portaient à l’épaule. L’éthique des ordres sociaux féodaux a renforcé ces schémas corporels et fini par les fixer comme éléments d’identification. Les Japonais de l’époque féodale ne marchaient donc pas comme aujourd’hui en balançant les bras ; cette démarche a été introduite par les Occidentaux et a transformé celle de la population japonaise. Car depuis la Restauration de 1868, le Japon a adopté le système d’éducation occidental tant dans le domaine du savoir qu’en éducation physique. La force du Japon moderne s’appuya sur le nouveau système éducatif qui se répandit rapidement dans le tout le pays. Parallèlement à la diminution rapide du taux des illettrés, l’éducation physique moderne s’est imposée avec l’objectif de former des soldats sur le modèle occidental. Le comportement corporel des Japonais en a été profondément modifié. Les Japonais ont continué à pratiquer les arts martiaux traditionnels, mais ceux-ci ont cessé d’être le prolongement des gestes de la vie courante puisque le schéma corporel s’était modifié. L’objectif de ces arts s’est aussi transformé en s’adaptant au nouveau système de valeur. En quelque sorte, les Japonais pratiquent les arts martiaux traditionnels avec un corps formé à une gestuelle quotidienne qui s’en éloigne depuis plus d’un siècle. Il y a forcément une transformation de la qualité. »

Ainsi et notamment dans les katas, cela va sans le souligner davantage. « Je voudrais souligner ce premier point car il est souvent ignoré. Lorsque les Occidentaux étudient les arts japonais traditionnels tels qu’ils sont transmis aujourd’hui, ils méconnaissent combien ceux-ci ont été influencés par leur propre culture. »

5 – La formation de l’armée par la France et l’Allemagne a-t-elle jouée un rôle dans ce processus?

D’après Kono Yoshinori« C’est indéniable. Si les méthodes étrangères étaient déjà à l’ordre du jour dans la formation militaire à l’aube de l’ère Meïji*, c’est à partir de la guerre de Seinan* que leur adoption totale a eu lieu. La conscription avait élargit le domaine réservé des bushis, la guerre, à toutes les catégories de la population. C’est donc une armée de conscrits qui s’est retrouvée face à d’authentiques samouraïs. Mais comme les soldats issus de la société civile ne savaient pas courir ils se faisaient trancher par les bushi. Il a alors été décidé d’introduire une formation militaire complète de type occidentale qui apprendrait entre autres aux conscrits à courir. C’est aussi vers cette époque que la posture du Kendo a évoluée. L’époque Meïji a réellement été un tournant majeur. »

*(N.d.a. -Ere Meïji: 1868 – 1912 -La guerre de Seinan opposa Takamori Saïgo et un groupe de samouraïs rebelles aux forces impériales. Le point culminant de cette révolte fut la bataille de Tabaruzaka où 15 000 samouraïs firent face à 90 000 militaires pendant 17 jours. Au terme de ce terrible affrontement chaque camp devait déplorer des pertes égales de plus de 4 000 hommes.)

P:S. : Merci à GM. pour les liens sur les textes de K. Tokitsu et quelques précieuses précisions dont celle de dessous.


La petite remarque que je voudrais ajouter se rapporte à l’utilisation de la locution “éducation physique”, tant de votre part que de celle de Tokitsu. Le terme d’éducation physique est tout récent et ne saurait être appliqué pour l’époque car son utilisation courante ne s’est faite que bien plus tard. On le doit, en effet, à Herbert Spencer (1820-1903) qui l’utilisa pour la première fois dans un article publié en avril 1859 dans la British Quarterly Review : Physical training [Éducation physique]. Son livre Education ; intellectual, moral, physical [L’éducation intellectuelle, morale et physique] n’est paru qu’en 1861. Avant, on parlait de gymnastique. … ceci pour les férus de “citations de sources”

Pour aller un peu plus loin, voici une vidéo qui montre le lien entre la pratique d’une forme de combat à mains nue occidentale (boxe) et le travail avec une arme (baïonnette) vers la minute 2.

On sait la corrélation existante entre les AMC et la lance, de même que le sabre sur les AMJ, mais il est rare de trouver quelque chose sur un exemple européen (américain ici)…

Et là un entraînement collectif: