Japon.

Demain je prends mes valises et file à Paris pour partir le lendemain vers le rêve d’un gosse, le rêve de tout pratiquant d’arts martiaux japonais: le pays du soleil levant.

Excité. Impatient. Gaie comme un larron, que je suis!

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Un projet porté depuis plus d’un an à la demande de mon maître, Minoru Akuzawa, fondateur d’Aunkai. Je suis tout heureux car ma femme m’accompagne ainsi que plusieurs amis et cinq de mes élèves.

Le voyage sera intense et l’aventure riche en partage. Je n’en attends pas moins!

Gambatte!!!!

Nouveau blog

Après moult réflexions j’ai pris la décision de scinder ma quête, ou la quête de kiaz, vers un second blog qui ne parlerait exclusivement que d’Aunkai. La pratique dans laquelle je m’épanouie depuis 6 ans et qui m’ouvre des perspectives corporelles dont je ne soupçonnait même pas l’existence auparavant.

Ça permettra une meilleure lecture des articles et aidera les éventuels internautes à aller directement vers leurs centres d’intérêts sans pour autant passer son temps à faire du tris.

J’en profite par ailleurs à vous remercier tous pour votre fidélité et vos participations qui ont vu la fréquentation de ce blog dépasser les 200 000 vues depuis quelques jours déjà.

Et n’oubliez pas!

« On fait un être humain avec des aliments, de l’air, du mouvement et de l’idée » [Thooris]

Alors prenez votre vie en main et entraînez vous intelligemment. 😉

Niten-No-Budo

Niten-No-Budo est le blog de Matthieu, en fait son deuxième blog enrichis d’un projet personnel qu’il mûrit depuis un moment.

J’ai rencontré Matthieu en 2011 lors du premier stage d’Aunkai que j’avais donné chez de Farouk et c’est avec plaisir que je l’ai revu lors du stage avec Akuzawa sensei que j’ai organisé ce 20 avril dernier.

Je viens de lire son compte-rendu et j’ai apprécié son sens du détails. Et ne peux que vous inviter à lire celui-ci et à le parcourir. Vous y  trouverez entre autres des réalisations, desseins, esquisses et sculptures  de notre jeune passionné. Sans oublier les sujets portants sur les arts martiaux et ses divers comptes-rendus de stage.

Bonne continuation Matthieu et à bientôt!

Matthieu et Akuzawa sensei (avril 2013)

Aunkaï, jouer avec l’eau

Suite au deuxième Summer Camp des Cévennes et aux nombreux échanges que nous avions eu entre nous pendant ces quelques jours. Je vous livre ci-dessous un article écris par Jeanphi.

Jean Philippe est en formation d’instructeur avec Akuzawa Minoru. Il coordonne un groupe de travail à Alès.

Cet article est un partage de pratique. Il livre et met en jeu des sensations et exercices personnels. Merci pour vos commentaires, compléments et critiques. Les exercices dont les noms sont évoqués peuvent être trouvés sur divers sites internet. Merci à Louna, Kiaz et Séb pour les photos, au Gardon de Saint Etienne et à la Méditerrannée pour l’entrainement.

L’aunkai est un bujutsu tanren: il vise à « forger le corps », l’adapter, le construire pour la pratique des arts martiaux par des exercices spécifiques seul ou avec partenaire(s). Ses principes et les changements qu’il implique dans les représentations du corps, de ses rapports à son environnement et dans la façon dont le pratiquant va l’utiliser bouleversent les liens logiques et les habitudes que l’on entretien avec ce qui nous est si familier. Cette transformation suit des étapes, une progression, mais se fait aussi parfois par compréhension soudaine, petits éveils, encadrés de périodes plus ou moins longues de stagnation, de doute et de frustration. Pratiquer l’aunkai seul, c’est donc jouer en permanence avec ses propres certitudes, les habitudes sur lesquels nous nous sommes construits, les quitter comme on se déshabille pour des fonctionnements et des représentations dont on est pas toujours sûrs. Les douleurs qui peuvent apparaître, les limites, viennent comme autant de paniques et sèment le doute lorsqu’on quitte des conceptions usuelles, des mécanismes corporels qui nous ont tenu jusque là. Est-ce bien comme ça ? Est-ce juste ? Est ce bon pour mon corps ? D’où viennent ces sensations ? Et si je me trompais complètement …?

Partager ses doutes, ses compréhensions, les mettre en jeu, utiliser les images des autres devient alors autant de phares et de balises dans ce périple chaotique. Car la transformation est loin d’être linéaire et tranquille, elle est parfois contrastée parfois brutale, en rupture et sans lien, comme la chenille devient papillon.

Les sensations, les images viennent alors soutenir et éclairer les principes pour approfondir et affiner la forge du corps, lui donner des repères, permettre la vérification. Les logiques et représentations changent, les alignements se mettent en place, la connexion apparaît, les circulations se fluidifient, se lient, se densifient.

Au cours de cette évolution en aunkai, mon premier rapport au liquide m’est venu de Manabu Watanabe, l’assistant d’Akuzawa Minoru, qui, pour me donner un axe de travail lors d’un exercice de poussée, me dit : « ça coule dans ton dos comme le chocolat, comme quand tu bois ». J’ai gardé cette image qui a accompagné mes exercices, tous mes exercices pendant plusieurs mois. Et le chocolat a coulé. Dans mon dos, dans mes jambes, autour de mes genoux, de mes chevilles, sur mon crane, ma poitrine…

Lors d’exercices avec des jongleurs, la notion de butterspace m’avait été évoquée : l’idée d’évoluer dans un espace de beurre mou, contraignant le mouvement. Une opposition au mouvement pouvait ne pas venir d’un partenaire, mais d’un élément, réellement ou de façon imagée, et conditionner les modalités d’un geste.

Habitant en bord de rivière et pouvant varier à loisir les profondeurs d’immersion j’ai

progressivement essayé de pratiquer dans l’eau et d’utiliser plusieurs fonctions qu’elle offre. Je les ai utilisées aussi bien en réalité que gardées sous forme d’image pour une pratique en salle.

L’eau peut être

  • une contrainte : au-delà
de l’hydrodynamisme, elle
ralentit de façon uniforme
le mouvement et oblige à
trouver d’autres
placements, d’autres passages pour se déplacer, pivoter, bouger les membres. Elle gène et détourne un geste, elle change les appuis.
  • un fluide : en cascade ou lors d’une sortie verticale de l’eau, elle s’écoule et procure à la surface de la peau, de façon localisée ou pas et suivant les axes choisis cette sensation interne de s’élever dans la détente.
  • un courant : en crue, ou en torrent, la rivière peut fournir une force intense voire insupportable et un test sans complaisance pour la stabilité de la posture. Divers axes peuvent alors être choisis pour se tester et se corriger.
  • une profondeur : la variation possible des profondeurs permet de n’immerger qu’un pied ou une main, les genoux ou les hanches, tout le corps jusqu’aux épaules… La contrainte peut alors être localisée. 
Ainsi le travail en rivière, en bord de mer ou en piscine permet de valider plusieurs principes de l’aunkai.

Sans engager l’ensemble de l’école, bien sûr, voilà simplement les principes qui m’accompagnent, en ce moment.

1. l’axe, la structure et les forces contraires. L’axe de la colonne vertébrale est fondamental en aunkai. Autour de lui se développe une « structure » (frame) d’axes parallèles, des croix (juji) au niveau du sternum et du bassin. Le long de cet axe, à travers la structure et jusqu’au bout des membres, en permanence, des forces contraires s’exercent et se ressentent, d’étirement et de « pétrissage » (comme le dit Christophe Ksiazkiewicz dit Kiaz), de coulée et d’extension, d’amortis et de maintien.

2. le « cycle avant » des bras et des jambes. Serge Gagnaire, en bon éducateur sportif au parcours varié a introduit cette notion issue de l’athlétisme. En sprint, après le départ, le corps se redresse et les jambes et les bras bougent devant le corps (cycle avant). Les gestes amples et rapides et les déplacements caractéristiques de l’aunkai et d’Akuzawa sensei semblent se fonder sur le même principe. Par un déséquilibre arrière quasi permanent, les bras et les jambes sont libérés devant permettant un rassemblement de la force des bras le long de la colonne entre les omoplates et celle des jambes dans les hanches, libérant et allégeant les coudes et les genoux.

3. poser les bras par les épaules sur le buste et le buste dans les hanches. Les mouvements des bras levés et le maintien génèrent une tension dans les épaules que l’on relâche dans un premier temps, mais qui se détendent vraiment lorsque l’on « pose » les épaules sur le buste. La sensation d’une détente qui s’écoule relie les bras et la structure, l’axe central. Pareillement, dans les mouvements de lever de jambe (ashi age ou shiko), c’est lorsqu’on se pose dans la hanche (kua) que la jambe monte plus librement et sans effort, autour de ce point de rotation. On l’expérimente dès les premières longues minutes en maho : il faut réellement s’asseoir en arrière pour libérer les cuisses et éviter qu’elles brûlent sous l’acide lactique. Cette sensation de poser le corps induit un amortissement des poussées qui donne de la stabilité à la posture et permet d’absorber les poussées de partenaires.

4. pour monter vers l’avant, descendre vers l’arrière. C’est une mise en œuvre du principe des forces contraires et du « cycle avant ». En aunkai nous descendons dans la colonne vertébrale lorsque nous voulons monter les mains (en tenchijin), en nous «allongeant», en déséquilibre arrière. La colonne recule pour que nos mains avancent (en push out). Nous descendons dans notre axe, vers l’arrière lorsque nous marchons en maho… et cette inversion permanente de nos logiques est bien difficile à intégrer.

Pour mobiliser ces principes dans l’eau, on peut distinguer deux grands types de jeux : ceux qui utilisent l’eau comme contrainte, en immersion et ceux qui permettent de ressentir et utiliser l’écoulement, la cascade.

– L’eau comme contrainte –

Dans ce cas, l’eau joue le rôle du partenaire qui freine, retient, gène, teste le mouvement. Elle permet de corriger le placement, oblige à trouver la détente dans les zones tendues du corps, à ouvrir d’autres possibilités de mouvement, dans la contrainte, pour s’en libérer.

Pour David Bellec, il s’agit de travailler « en glisse », en pénétration et pas « en puissance ».

1. Lever et baisser les bras

Immergé dans un premier temps jusqu’aux hanches, les mains le long du corps sous l’eau, les bras montent, tendus, vers l’avant, reviennent le long du corps puis s’élèvent un peu vers l’arrière et reviennent.

L’eau ralentit et contraint. Elle permet de laisser la force se rassembler et descendre le long de la colonne, jusqu’au coccyx lorsque les bras montent. De même lorsque les bras descendent avec une sensation de légère avancée du sternum, de présence devant.

Lorsque les bras montent sur le plan frontal la résistance de l’eau permet de bien sentir la descente de la force le long de la colonne. Au contraire, lorsqu’on descend les bras, le sommet du crane s’élève, par la fontanelle, relié aux mains par les trapèzes détendus, les omoplates et à travers les coudes.

2. Lever la jambe (ashi age) et la baisser

Réaliser ashi age dans l’eau est une excellente introduction à la pratique des coups de pieds. La résistance de l’eau oblige à nouveau à passer par l’arrière, presque à s’adosser sur un mur imaginaire pour lever la jambe. Elle permet aussi dans le même temps de descendre dans la hanche (kua) et de s’enrouler autour d’un axe horizontal. Le maintien de l’axe vertical et de cet axe horizontal au niveau de l’aine constitue la croix (juji) fondamentale en aunkai.

L’exercice peut se réaliser avec le pied seul immergé ou toute la jambe, puis jambe tendue ou jambe pliée, avec plus ou moins de vitesse, au fur et à mesure que le lien avec l’eau nous prend, et l’envie de jouer.

On restera attentif au poids de la jambe à la descente, sur toute la surface de l’eau pour ancrer cette sensation et la retrouver ensuite dans le travail à l’air libre. A la montée, c’est la sensation du poids de l’eau et de la traversée de la jambe, sans forcer, que l’on gardera. Dans les deux cas, la jambe traverse en s’appuyant (contact profond avec l’eau) et en coupant.

Dans un premier temps la vitesse accroit la résistance de l’eau. Au fur et à mesure de la pratique un autre rapport se crée et cette résistance se transforme : on peut mieux rentrer, la sensation de détente est proche de celle des poussées (push out).

On peut alors mieux tester les coups de pieds, notamment les low kicks, toujours en gardant les principes de l’aunkai à l’esprit (se poser dans la hanche, garder les membres devant, maintenir la structure, grader la sensation des push out…).

3. Shintaijiku

Shintaijiku questionne la rotation des bras et le déplacement sur les jambes autour de l’axe de la colonne. Le risque est grand de faire ce mouvement d’hélice centré sur les épaules, mais la moindre gène, la moindre contrainte opposée aux mains ou aux genoux oblige à tout rassembler le long de l’axe de la colonne, à reculer un peu celle-ci en maintenant (libérant) les membres devant. Le tout bien sûr en restant posé dans les épaules et les hanches. Le mouvement devient alors possible et la connexion est maintenue entre les bras et les jambes via la colonne.

Les demi corps se croisent, en fin d’exercice, comme des panneaux de bois coulissant (shoji).

On sera particulièrement vigilant à l’alignement de la colonne dans ce mouvement, en évitant sa vrille ,du sommet du crane au coccyx, notamment dans les reins pour permettre un meilleur amorti.

Plusieurs niveaux d’immersion peuvent être testés pour approfondir les sensations, notamment, celle de « passer par l’arrière », dans une phase de démarrage que n’illustrent pas les photos.

Avec de l’eau jusqu’aux épaules, on jouera avec la bascule des bras et la sensation de « poser » les bras et les épaules sur le buste (ici, sur l’eau). La flottaison permet de ressentir mieux l’axe et les forces inverses.

Bras hors de l’eau ou bras immergés, les micro mouvements des bras, vers le haut, le bas, ou à l’horizontale redonnent à la colonne son rôle d’axe et d’amortisseur, sur toute la longueur. On peut alors vérifier si des zones ne remplissent pas cette fonction : sont bloquées, vides, non alignées…

 

– L’eau comme écoulement –

1. S’élever

Plusieurs exercices d’aunkai consistent à se relever d’un position accroupie. Ici aussi, bien sûr, alors que l’on s’élève sur un axe arrière (en déséquilibre arrière) les épaules sont détendues, la colonne reste verticale et toute la force descend dans les aines (kuas). Aucune tension dans les jambes, surtout pas dans les genoux et la force s’écoule entre les omoplates, le long de la colonne et dans les jambes. On peut travailler cet exercice avec la résistance d’un partenaire sur les épaules, voire en essayant de le lever.

On retrouve cette phase dans des versions basses de tenchijin, au moment de la remontée, bras tendus. Là aussi, alors qu’on s’élève et que les cuisses pourraient bruler si on faisait cet exercice comme un squat. Au contraire, la sensation est à la détente. Le dos et les bras tendus restent verticaux et « le chocolat s’écoule » entre les trapèzes, le long de la colonne et à travers les jambes détendues.

Le corps entièrement sous l’eau, accroupi ou juste jambes fléchies, on peut s’élever de la même façon et ressentir cet écoulement, la résistance de l’eau à l’élévation. Mais la poussée d’Archimède permet aussi d’alléger les tensions dans les cuisses et de trouver dans un premier temps comment les kuas peuvent être mobilisés. L’exercice peut être réalisé avec un enfant sur les épaules, assis ou debout. La sensation est la même : toute sa pression traverse jusqu’aux hanches, au coccyx, puis au sol.

On pourra aussi, sous une chute d’eau, ressentir cette pression descendante.

 

2. La cascade, jouer avec la pesanteur

L’eau en chute permet de jouer avec les positions et de les tester. Elle accroit la pesanteur qui nous traverse uniformément. Utiliser la cascade de façon localisée permet de développer et affiner des sensations. Sur shintaijiku, comme dans tenchijin, elle permet de renforcer l’axe central, son étirement et la qualité de son amorti.

Sur Shiko, en localisant l’impact de la chute on peut corriger le jeu des forces, la connexion et maintenir dans la détente. Le corps se pose dans la hanche d’appui et sur tout le côté inférieur du buste. La jambe monte incidemment, comme une conséquence du mouvement du buste, de la main et de la jambe étirées, et de la connexion.

Dans le même esprit, les levers de jambe (ashi age) peuvent être travaillés en laissant l’eau tomber à divers endroit (l’aine, le genou, le pied), jambe tendue ou fléchie. Tout peut être affiné ensuite, dans le jeu.

Dans la recherche de l’équilibre et du maintien de cette position, le rapport à l’eau, et donc à la pesanteur, évolue. On tient contre elle, d’abord, puis « prend contact », on rentre un peu dans cette chute. Enfin on coule avec elle tout en s’élevant par notre axe et elle coule à travers nous (certains ressentent qu’elle emporte les tensions et nous lave : l’eau a une forte dimension symbolique et spirituelle).

Finalement, qu’elle soit utilisée comme contrainte, en profondeur, ou en chute, l’eau permet d’affiner les positions, les tanrens. Elle permet de préparer le travail avec partenaire (Kunren) et, à travers ces exercices, de mieux comprendre les principes de l’aunkai. Le pratiquant en recherche de situations nouvelles, de sources de compréhension jouera ainsi avec tout ce que le monde met à sa disposition, en variant et multipliant les contraintes[1] mais en revenant toujours à la vérité du contact avec un humain (partenaire ou adversaire).

Au-delà de l’aspect pédagogique, cet article est donc une incitation au jeu, en plein air et avec les éléments et à l’exploration, à la curiosité. Ainsi, par exmple lorsqu’on sort de l’eau, l’air et le vent apparaissent avec plus d’évidence (sur la peau ou du simple fait des vallées dans lesquelles s’écoulent les rivières). Il offre lui aussi une résistance, plus horizontale, qui appelle de nouveaux exercices et d’autres moyens de modifier par l’aunkai notre rapport au monde.

Jean Philippe JOSEPH


[1] Voir par exemple l’article d’Emmanuel Frère, « au cœur du push out »

Les raisons de la création de l’aunkai…

Un entretien sur le net avec Minoru Akuzawa, fondateur d’Aunkaï.

Photo de Marguerite Van Groeningen

Différentes hypothèses circulent sur le cursus de Me Akuzawa et sur ses raisons portant sur la création d’Aunkaï certaines débattant sur la nature même de celui-ci. 

Organisant les tournées de stages d’Akuzawa senseï en France et en Belgique depuis plus d’un an je tenais, tant pour moi même que pour les internautes intéressés par cette discipline, à éclaircir certaines choses avant qu’elles ne tombent dans le domaine du fantasme si fréquent dans le milieu des arts martiaux.

Voici la transcription d’un échange que j’ai eu avec Akuzawa sensei :

« A 20 ans, j’ai compris les bases des arts martiaux chinois mais j’étais jeune. Quand je participais aux compétitions de sanda, je n’avais pas une bonne connaissance de notre corps.
En cumulant kunren (exercices à deux ndlr)  et expériences, beaucoup d’idées me sont venues à l’esprit. On peut dire cela pour les arts martiaux, mais aussi pour tout, les personnes étudient à partir de choses déjà apprises. Évidemment il y a également ce genre de processus dans les arts martiaux, mais la finalité est ce que l’on met en valeur par sa réflexion personnelle. Si l’on perçoit les différentes pistes de recherche existantes, il n’y aura pas de fin aux exercices développés dans les arts martiaux. C’est parce que les arts martiaux ont ce sens que l’aunkai existe.

Photo de Marguerite Van Groeningen

Karate, aikido, systema, arts martiaux chinois, il y en a plein finalement, et tous s’organisent en fonction des limites physiques et de la corpulence des individus.
Il ne doit rien avoir qui puisse dicter à notre esprit et à notre corps ce qu’ils doivent faire.

L’aunkai c’est l’exploitation de toute l’étendue de la conscience et du corps, mais a aussi un rôle d’outil.
Une personne normale n’y verra qu’un simple déplacement ou une forme, elle n’y croira pas.

En fait, le plus important, c’est qu’il y a une vérité dans ce que les yeux ne voient pas. (l’intérieur du corps ou encore la conscience de son système nerveux).

C’est sans doute pourquoi les gens essaient divers arts arts martiaux comme le Systema, Taikiken, aikido, karate… et les comparent.

L’aunkai ce n’est pas seulement une technique de combat, c’est la possibilité d’exploiter également la force potentielle qui existe naturellement chez l’Homme.

Photo de Marguerite Van Groeningen

Dans les faits, comme on ne peut pas comprendre sans apprendre par étapes, il faut que chaque personne travaille assidûment ses bases (c’est aussi ce que je fais…)

La possibilité d’élargir son horizon, c’est assembler ce que chacun possède en soi. (C’est pourquoi j’espère que mon mode de vie prend un sens).

Je n’ai pas été l’élève d’un maître unique, j’ai pratiqué seul quand j’étais jeune les vieux courants d’arts martiaux de style taijutsu (ce n’était pas un courant précis car la personne qui m’a enseigné au début pratiquait elle-même différents courants). 


Ensuite, afin de m’entraîner pour les compétitions de sanda, je me suis exercé aux techniques de lutte du jigotai.

Vers 20 ans, comme j’avais appris les bases et la lutte, j’avais énormément progressé et j’ai créé l’aunkai en tant qu’association d’arts martiaux.

Dès lors, le programme d’études de l’aunkai s’est vite développé mais contrairement à ce qui se fait généralement, je n’en ai pas fait une discipline fixe qui pourrait se définir avec des « ici nous faisons ceci et cela ». L’aunkai est différent en cela par exemple du karate ou de l’aikido.


Si je dois parler des résultats de mon enseignement, peu importe que ce soit une culture japonaise, chinoise ou encore américaine.

Il s’agit de ce que l’être humain fait, c’est pourquoi la compréhension de son corps, son entraînement, l’intériorisation de cette compréhension par le corps sont très importants.

C’est ainsi qu’avec ma réflexion et mon travail est né le système d’entraînement de l’aunkai et qu’avec les techniques s’enclenche un processus de progression.

L’aunkai pourrait alors se définir comme  » Emprunt de techniques d’arts martiaux japonais traditionnels et de bases chinoises pour la création d’un corps adapté aux applications martiales. »

L’utilisation du nom de certaines disciplines cité plus haut sont juste le résultat de mes propres vagabondages (l’échange se faisant entre senseï et moi) et ne sont en aucun cas la cible d’une comparaison de la part du Me Akuzawa. 

Merci à Sandra pour sa patience et ses traductions, à Serge pour l’aide dans la transcription cohérente du texte final et à Me Akuzawa pour ses réponses.

Retour d’un pratiquant

En attendant la vidéo de cette rencontre avec mon appréciation sur ces quelques jours passé à la pratique d’Aunkaï. Je vous livre le CR d’un pratiquant, Pierre, qui suit depuis deux ans la formation instructeur auprès d’Akuzawa senseï.

« C’est aux Passadoires pour la 2ème édition du Aunkaï All Star Summer Camp dans les Cévennes nous nous sommes retrouvés afin mettre en commun notre travail personnel et notre interprétation de l’Aunkaï dans un esprit de partage.

Le cadre et l’accueil de Jean-Philippe et des personnes habitants les lieux
furent impeccables.

C’est un vrai plaisir de pouvoir travailler l’Aunkaï dans des exercices à 2 et plus. Comme il a mainte fois été dit, l’Aunkaï est une pratique austère et solitaire la plupart du temps; travail sur nos sensations kinesthésiques, sur le tonus de fond et d’action, l’équilibre, les coordinations et dissociations,… Mais le seul moment où l’on peu juger de ses progrès c’est dans la relation.

Le planning était bien organisé : Tanrens et exercices divers le matin avec baignade dans un cadre idyllique. Retour à la pratique en fin d’après midi, en visionnant des vidéos de Senseï Akuzawa afin d’échanger nos ressenties sur ce qui se passe dans certains passages, échanges et mise pratique.

Je ne rentrerai pas dans les détails des exercices pratiqués mais au-delà de la pratique en elle-même c’est l’échange voir parfois la confrontation des points de vue qui permet de progresser. Les participants venaient de divers horizons martiaux : QiQong, TaïChi Chen, Karate, Aïkido, Danse, Musicien Batteur et Fitness.

Ce fût extrêmement enrichissant pour tous car l’Aunkaï est une pratique que l’on s’approprie dans un premier temps par rapport à notre vécu corporel. Des personnes venant par exemple de l’Aïkido auront plus facilité pour travailler sur Age Te et le faire partager alors que d’autre venant du Karate mettront plus facilement en pratique les « frappes » travaillés dans l’Aunkaï. Chacun avec son vécu apporte une pierre à la compréhension globale que nous avons de l’Aunkaï. Chacun proposant aussi des images afin de renforcer les sensations que nous sommes sensés trouver par la pratique des Tanrens.

Senseï Akuzawa encourage ses élèves à rechercher et à étudier. Comme il le dit dans une interview « Qu’est ce qu’une année de Tanrens sans idées ? ».

Lors de ce stage nous avons pu explorer des pistes nouvelles et avons essayé des variations d’exercices existants en imposant de nouvelles contraintes afin de renforcer la sensation de structure. Avec parfois des résultats probants et d’autres fois plutôt hilarants ^^.

Ces moments importants permettent de progresser, de repartir avec du matériel de travail, et de retourner s’entrainer seul avec de nouvelles sensations à explorer.

En plus de l’échange sur la pratique nous avons passé de très bon moments de détente et de discutions informelles autour d’un bon repas et d’un bon verre.

L’Aunkaï est une discipline en devenir que j’aimerais voir se développer en gardant cet esprit fraternité qui nous à animé lors de ce stage.

A bon entendeur, salut ! »

L’esprit du débutant, shoshin.

Les stages d’Aunkaï rassemblent des pratiquants issus de disciplines diverses. On a tendance à s’imaginer qu’ils viennent tous de l’aïkido ou des disciplines pieds/poings. Il n’en est rien. Même si c’est le cas pour une grande partie d’entre eux certains viennent des écoles de sabre.

J’avais déjà échangé à ce propos avec Farouk Benouali qui pratique et enseigne à Lyon l’école Ryushin Shouchi Ryu et qui à déjà participé aux stages que j’ai organisé.

Ce lien entre les deux pratiques m’intéresse beaucoup alors j’ai sauté sur l’opportunité d’avoir un pratiquant sous le coude pour lui demander quelques éclaircissements.

Julien, suit par intérêt personnel le cursus dit de la formation instructeur et à déjà participé à cinq formations intensives. Pratiquant de la Muso Shinden Ryu en iaïdo il était l’interlocuteur parfait pour cette mise au point.

Voici donc le point de vue de Julien sur son lien entre la praique de sabre et l’Aunkaï.

« Je suis venu au sabre par la littérature et une passion pour le Japon. Comme le coût d’acquisition du matériel/équipement et des cours sont très élevés, il m’a fallut du temps, et devenir jeune adulte actif pour commencer à pratiquer sérieusement.

Tout ça pour dire que je n’ai pas vingt ans de pratique et que je n’ai pas rencontré assez de sensei différents pour avoir du recul sur la pratique.  Je suis un néophyte. Et le iaïdo m’a attiré par ce qu’il s’agit d’une pratique japonaise. Kikentai.

Nakayama Hakudo, l'unité de se son corps contre Hashimoto Toyo. (tiré de l'ouvrage de J-P Réniez)

Durant les premiers cours, les premières années de cours peut-être j’ai fixé mon attention sur la réalisation correcte des katas. A voir ce que l’on pourrait qualifier une pratique « réaliste ». Je n’avais alors qu’une obsession : réussir une coupe. Or la réalisation d’une coupe dépasse le cadre mimétique du kata. Il ne suffit pas de déplacer son sabre de haut en bas. Une coupe doit engager tout le corps, et même au delà. Le vocabulaire du iaïdo conserve et transmet une expression pour définir l’unité du corps et de l’esprit dans la coupe : le  kikentai. Largo sensu  le kikentai peut s’apparenter à un exercice de coordination.

C’est là que l’Aunkai prend toute sa dimension et est  devenu central dans ma pratique.

Nakayama Hakudo, le lien entre le kata et la réalité, le kikentai (détail jambe/pied gauche uki gumo)

L’enseignement.

Mon professeur a déjà évoqué l’existence de lignes qui connectent le bras droit et la jambe gauche (la croix, juji en aunkai.)Il disait qu’on pouvait l’atteindre à force de travail. La méthode traditionnelle consiste à multiplier les suburi jusqu’à « casser » les épaules pour  obtenir un relâchement dans le haut du tronc ainsi qu’une coordination. C’est une partie du cœur de la problématique de l’aunkai, avec les notions de corps connecté, de structure (frame), et avec des exercices qui permettent de forger directement le corps pour obtenir cette connexion : les tanren.

Lors d’un stage de kendo, un pratiquant très avancé (7ème dan) me montra que lorsqu’il coupait, il tranchait non pas avec ces bras, mais avec toute la masse de son corps. Les  tanrens permettent de connecter toutes les parties du corps, afin de l’unifier. En ce sens ils sont pour moi une partie du chemin vers le kikentai. Ce qui

m’a convaincu de venir aux stages c’est une interview dans un Dragon déjà ancien où Akuzawa sensei disait que les professeurs n’enseignaient pas cette connection, soit parce qu’ils ne savaient pas le faire, soit parce qu’ils ne le voulaient pas. Akuzawa sensei l’enseigne. Je ne suis pas très doué, dans aucune des disciplines, mais j’essaye depuis de pratiquer dans ce sens, sans sacrifier un genou ou un coude, en travaillant à l’écoute de mes sensations (proprioception) à laquelle invite naturellement l’aunkai.

Shizei et zanchin.

Cette présence au corps accrue, à des répercussions sur deux autres aspects de ma  pratique: zanchin et  shisei.

Le  zanschin c’estla  vigilance. Avecl’aunkai elle se développe  corollairement à la présence à soi.  Shisei est le  corollaire du  kikentai.  Travailler sa posture est le cœur du travail de l’aunkai ; les principes qui animent le iaïdo/kendo et l’aunkai ne sont pas différents. L’aunkai représente un moyen d’atteindre le cœur des principes qui sous-tendent ces disciplines.

Me rappelle le jaillissement de puissance quasi primitif (commentaire de JD)

Conclusion.

Il me vient d’autres liens entre iaïdo et aunkai, comme la similitude entre le travail du nuki tsuke et le travail à deux dans l’aunkai. Et d’autres points que j’oublis. Je ne suis qu’un débutant, pardon pour les raccourcis et les imprécisions. Quoiqu’il en soit, j’ai l’impression de progresser dans ma pratique du sabre depuis que je suis les Master Class, et l’aunkai fait sens. Je n’arriverai sans doute pas au bout du chemin (existe-il ?). Je suis simplement content d’être un peu sur  la voie grâce à Akuzawa sensei,  et  je n’ai pas les mots pour  lui  exprimer ma gratitude tant la richesse de son enseignement m’apporte. »

Julien Dehut.