Le corps.


Le contenu du sujet est une libre interprétation et utilisation de l’article sur « Le corps dans la pensée indienne ».

l-homme-de-vitruve

Notre pratique, notre engagement profond et total dans une discipline, dans une voie est le résultat d’une volonté d’acquérir des pouvoirs supra humains . Les légendes et les mystères des grands maîtres accomplissant des exploits prodigieux ont sont une origine. Pour les expliquer, d’innombrables tentatives ont été faites, ou en tout cas ont été tenté. On nous parle d’un travail sur le corps permettant d’accéder aux niveaux plus subtils de notre être. Des exercices de développement personnel qui nous amènent à utiliser notre corps différemment. Que le bujutsu n’est pas un ensemble de techniques mais un état du corps. Que le budô est une conception moderne qui vise une formation globale de l’homme – intellectuelle et physique – par la pratique des disciplines traditionnelles de combat. Et sa notion comporte une tension vers l’amélioration de soi-même, c’est-à-dire de la personne dans sa totalité à travers la pratique martiale.
Sans prétendre apporter une quelconque réponse sur ce(s) mystère(s) c’est, sur le dénominateur commun, sur l’outil que j’ai envie de faire, tenter de faire un point.

« C’est dans le corps(1) qu’il faut chercher l’esprit(2) ».

Quelle expérience, quelle connaissance, quel travail doit on effectuer sur le corps pour y arriver ?

C’est au travers du travail sur le corps que nous tentons de libérer une conscience plus haute.
En Occident nous nous faisons le plus souvent une idée très intellectualisée de la spiritualité(3) façon XIXème, comme dans la continuation de Maine de Biran . Il nous est plus difficile de dépasser ce clivage spiritualisme/matérialisme, dans une approche qui redonne son assise charnelle à l’esprit et qui reconnaît la présence de la conscience jusque dans la matière. Le corps n’est pas d’abord un corps étendu objectif, mais une cristallisation de la conscience.
Comme l’écrit M.Maupilier(4) « à des conceptions différentes du corps, correspondent des façon différentes de considérer la nourriture, le souffle, les organes et leurs usages, et jusqu’à des conceptions différentes de la vie de l’esprit ».
Il y a une intime corrélation entre la notion de corps objectif, de substance étendue, héritée de la représentation cartésienne du corps et l’hygiène rattachée au scientisme du XIXème siècle, la diététique d’inspiration positiviste, la médecine allopathique, la conception fondée sur l’effort de la gymnastique et l’interprétation sur intellectualisée de la vie de l’esprit. Il est urgent de prendre conscience des présupposés à l’oeuvre dans notre conception de l’art de vivre. Changer la pièce maîtresse que constitue la compréhension du corps, c’est modifier tout le système conceptuel qui en relation avec elle. S’il pouvait s’avérer que le corps est effectivement dans son essence un corps subjectif et un corps conscient, nous serions alors amené à revoir entièrement notre manière de penser la nourriture, le souffle, les organes du corps et surtout la relation corps-esprit. Notre regard sur le corps doit être entièrement transformé et il s’ensuivra une révolution dans notre manière de concevoir la vie de l’esprit.

Le noeud du problème tient assurément au concept naturel de la chose ou de la substance. Nous avons cru très longtemps, et nous croyons encore dans certaines branches du savoir, dans l’existence d’un en-soi extérieur doués de propriétés et entièrement séparé du sujet. Le plus petit élément de la chose est nommé atome de matière.

A partir de là, ; il doit être possible de porter sur le corps un regard entièrement différent, de le voir non plus comme une substance étendue, ni comme une machine faite composée d’atomes, mais comme un champ d’énergie prenant la forme d’un champ de matière, tout en ne perdant pas les propriétés d’un champ de force. Il doit être possible d’obtenir une vision plus fluide du corps, plus proche de la dynamique de changement infini qui rêne dans la Nature.
Si notre perception pouvait s’accorder au niveau quantique de la réalité, nous percevrions les objets eux-mêmes comme les configurations locales du continuum infini de la Nature. Il nous serait alors impossible de continuer à voir dans le corps humain une statue figée, tissé d’un espace abstrait et vide, nous verrions le corps comme une formation fluide et changeante, en perpétuel devenir dans le cours phénoménal de la Nature.

Le corps change et change toujours. Le corps n’est pas une statue, mais plutôt une rivière où la conscience s’écoule et prend des formes. Puisque le corps est essentiellement corps subjectif, avant que de pouvoir être pensé comme corps objectif, il est un corps sujet, avant d’être le corps objet. Il n’est pas une chose. C’est le flux de la subjectivité consciente qui lui donne vie et forme. De toute manière, que le corps soit conçu comme chose, ou bien qu’il soit interprété comme champ, dans un cas comme dans l’autre, il est toujours référé à une subjectivité constitutive.
Le corps est d’avantage une trame d’impulsions d’intelligence interagissant avec elles-mêmes, qu’une « matière » inerte qui semblerait avoir des propriétés intelligentes.
Qu’en est-il alors de l’action de la pensée sur le corps ? Considérons le jeu des émotions. La peur est dans l’esprit la pensée de ce qui porte avec soi le danger et la négation, la représentation de ce qui me met en cause et m’effraie. Cette peur est immédiatement un pathos pour moi qui l’éprouve. Mais elle est aussi un tremblement dans le corps, de sueurs froides, des palpitations du coeur, des réactions irrationnelles etc. Il faut bien que la pensée qui apporté la terreur se soit transformée dans une structure physique qui interagisse avec le corps tout entier et crée le déséquilibre émotionnel. C’est le rôle des neuropeptides que d’effectuer ce passage. Le flux de la pensée prend une direction et le corps transcrit dans une structure matérielle la forme qui est apparue dans l’esprit. Au point de transformation de la conscience en matière, les catégories duelles ne valent plus. Ainsi, le « fait de comprendre les neuropeptides… nous permet de considérer le corps, non comme un assemblage de tissus localisés dans le temps et l’espace, mais comme un champ d’intelligence ». Les pensées, les désirs, toutes les impulsions d’intelligence produites par la conscience génèrent des messages chimiques. Les impulsions d’intelligence sont traduites sous une forme qui, elle, est matérielle. On peut dire que l’intelligence est une propriété du corps, parce que le champ dont le corps est une expression locale est lui-même fait d’intelligence. Pour employer une métaphore: « le corps est une rivière d’atomes, l’esprit une rivière de pensées, et ce qui les maintient ensemble est une rivière d’intelligence ».

Ce n’est pas le lieu de s’étendre ici sur ces considérations épistémologiques. Le livre de D.Choppra est une référence sur ce sujet. Il faut surtout remarquer la transformation du point de vue. Il est clair que cette vision du corps cadre mal avec les schémas classiques de la médecine. Comme la plupart des autres sciences de la Nature, la médecine n’a pas encore pris la mesure des implications de la théorie quantique, elle raisonne encore avec une compréhension de la matière tirée de la physique du XIXème siècle.

Si nous cessons de regarder le corps comme une chose, si nous sommes attentifs au processus constant du changement, si nous refusons de séparer entièrement le corps de l’esprit, nous serons alors conduit à une approche subjective de la corporéité. Le corps humain est originairement conscience avant d’ête matière. Il l’est non seulement du point de vue phénoménologique de l’expérience de la volonté qui manie le corps, mais aussi dans l’affectivité qui s’éprouve en lui, dans l’intelligence même de ses processus. Le corps est fait de conscience dans la totalité et la moindre de ses parties. La Chair est un Verbe. Un individu n’est pas une entité composée d’un esprit et d’un corps, mais plutôt d’un esprit corps, les deux font un: le corps est ce que pense l’esprit.

«Seïshin Tanren(5) est une notion commune non seulement à toutes les disciplines martiales japonaises, mais elle s’étend également à toute étude approfondie requérant une participation active du corps et de l’esprit. »

(1) Partie physique des êtres vivants/La plus importante partie d’une chose

(2)Être incorporel ou imaginaire/Manière de penser, façon de concevoir.

(3) Caractère de ce qui relève de l’esprit

(4) M. MAUPILIER, Le yoga et l’homme d’Occident, Paris, Seuil, 1974,

(5) Dans tanren – 鍛錬, il y a tan – 鍛, « forger, discipliner » et ren – 錬, raffiner, tremper et, là aussi, poli

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