Essais: Mes dix jours de jeûne.

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C’est les vacances et l’activité de certains est réduite par la période estivale. Ce qui laisse le loisir de bouquiner sur la plage à l’ombre d’un parasol ou le soir installé confortablement dans le canapé au lieu et place d’une émission débile sur la sixième chaîne.

J’ai déjà relaté mes premières expériences sur le jeûne  et je viens de tomber sur l’annonce de la parution de l’essai suivant : « Mes dix jours de jeûne ». Disponible aux éditions, « Le retour aux sources » 

 

 

Pourquoi une telle expérience ?

 

mesdixAvant de commencer la lecture de ce petit journal, il me semble utile de faire quelques précisions, pour ne pas se tromper sur le statut à accorder à ce modeste ouvrage. Premièrement, n’étant pas médecin, toutes les descriptions ainsi que toutes les observations que je fais n’ont aucune prétention scientifique. Je relate mon expérience personnelle de jeûne d’une durée de dix jours, c’est-à-dire, celle d’un étudiant de vingt-cinq ans, dans une période normale de travail, soumis à aucun traitement particulier et n’ayant pas de pathologie connue à ce jour. Ensuite, je ne fais partie d’aucun mouvement hygiéniste ou naturopathique, je ne fais la promotion d’aucune médecine dite « non-conventionnelle », cet ouvrage n’a donc pas de teneur militante précise et affichée. Enfin, je n’appartiens à aucune religion, mon intention n’est donc pas prosélyte et ne vise à faire la publicité d’aucun culte en particulier.

 

Le jeûne semble aujourd’hui revenir « à la mode » et la pratique de celui-ci est de plus en plus débattue et discutée. Il y a plusieurs raisons à la résurgence de ce phénomène. D’abord, on observe un scepticisme croissant à l’égard de la médecine telle qu’on la pratique en Occident, c’est-à-dire, une médecine de l’intervention directe et une médecine du médicament, le jeûne étant lui, si cela est avéré, une thérapie de la discipline, de la volonté, sans apport de substance exogène. Puis, la société de surconsommation dans laquelle nous nous trouvons, entraîne presque mécaniquement une réaction inverse. Ainsi, pour des raisons de bien-être, d’équilibre, tant physique que moral, certaines personnes opposent à la licence, la tempérance, opposent à l’excès, la restriction, bref, cherchent à se libérer des injonctions qui se font toujours plus pressantes et violentes de la publicité qui pousse, pour des raisons évidentes de profit, l’homme à consommer toujours plus et donc, à répondre toujours plus favorablement à ses inclinaisons, à ses appétits et à ses passions. Pour finir, la religion musulmane qui est aujourd’hui beaucoup pratiquée en France, par le Ramadan, a rappelé aux chrétiens de moins en moins pratiquants, que chez eux, le jeûne rituel s’appelle « Carême », et plus généralement, elle a sensibilisé le reste de la population à cette pratique ancestrale oubliée.

 

La résurgence du jeûne est symptomatique, quoi qu’on en pense, d’un malaise assez profond d’une société qui voit un nombre croissant d’hommes et de femmes tourner le dos à la science instituée et se diriger vers des médecines traditionnelles ou non autorisées ; un nombre croissant d’hommes et de femmes ne plus se reconnaître au sein d’un système politico-économique et rechercher d’autres modes de vie et une sociabilité alternative ; et enfin, un nombre croissant d’hommes et de femmes ne plus adhérer aux valeurs fondamentales de la civilisation dans laquelle ils vivent et donc, éprouver le besoin de découvrir ou de redécouvrir d’autres valeurs et aspirer à une forme de transcendance.

 

On retrouve d’ailleurs, au fil de l’histoire, cette essence contestataire et rebelle du jeûne, justement dans les trois domaines que nous avons mis en avant, à savoir : le domaine médical, le domaine politique et enfin le domaine spirituel. Aux dires des experts russes (il existe depuis des dizaines d’années, un centre spécialisé dans la pratique thérapeutique du jeûne en Russie, à Goriatchinsk), la méthode a été découverte par hasard, à l’époque soviétique, lorsqu’un psychiatre a fait le lien entre la grève de la faim d’un malade et l’amélioration de son état psychique.

 


 

Première forme de révolte : celle du malade contre son médecin.

 

La menace de se priver de nourriture, le passage à l’acte, constitue un mode de revendication politique utilisé notamment par Gandhi en solidarité avec des ouvriers grévistes, mais pas seulement. Il est encore beaucoup utilisé de nos jours, souvent comme moyen ultime pour faire passer un message qui est étouffé ou méprisé par les voies normales, comme celle de la hiérarchie ou de la presse par exemple.

 

Deuxième forme de révolte : celle des gouvernés contre les gouvernants, celle des dominés contre les dominants.

Enfin, par l’ascétisme et donc par une pratique assidue du jeûne, les sages, les philosophes ou les prêtres, sont en lutte contre le monde entendu comme matière, c’est-à-dire, comme la forme, selon eux, la plus dégradée de la réalité. Le jeûne est aussi une punition à l’endroit des fidèles pour qu’ils expient un péché.

 

Troisième forme de révolte : celle de la raison contre la passion, celle de l’âme contre le corps.

 

Notons une dernière forme de jeûne, celui des derniers instants de la vieillesse, celui que fit probablement Charlemagne sept jours durant, avant de mourir. Pour une personne âgée à la constitution fragile, se priver de nourriture est un suicide passif, qui pour être moins violent que les techniques plus courantes de suicide, comme la pendaison ou le pistolet, n’en conserve pas moins une certaine noblesse, celle de l’homme (ou de la femme) qui, refusant la déchéance et les humiliations de la sénilité, dans un abandon héroïque, laisse sa vie lui glisser entre les mains, sans plus la retenir. Le jeûne, à ce moment-là, devient comme une troisième voie, comme un bon compromis, entre le suicide qui a tout du crime et de l’affront à la Nature ou à Dieu, et la continuation d’une vie qui n’apparaît plus désirable ou qui ne correspond plus à l’idée que nous nous en faisons.

 

Le jeûne fait donc polémique et comme pour tout, il y a ceux qui sont « pour » sans raison particulière, et ceux qui sont « contre », eux aussi, sans raison particulière ; il y a ceux qui ont intérêt à être « pour » et ceux qui ont intérêt à être « contre » ; et au milieu, la majorité des braves gens, dont je fais partie, qui n’a pas d’avis, n’en ayant pas fait l’expérience et ne sachant pas à quel saint se vouer.

 

Moi, j’ai simplement décidé d’être mon propre cobaye et donc de voir par moi-même ce que c’était que de jeûner, n’ayant comme garantie contre la folie d’une telle entreprise, que sa gratuité et ses antiques précédents que sont les philosophes grecs et les sages de toutes les nations, et n’ayant comme justification, comme motivation, seulement l’amour secret que je porte à la rébellion. Cet ouvrage n’est rien d’autre que le témoignage, le récit de cette expérience, qui je l’espère, trouvera ses lecteurs.

 

Enfin, pour ne pas offenser la misère, la pauvreté ou la gêne, je souligne que je traite ici de la faim dans l’abondance et non de la faim dans l’indigence, faim terrible déjà racontée par Knut Hamsun dans son plus célèbre roman.

 

La pauvreté volontaire est un luxe.

SOURCE

 

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